ALEXIS CARREL : RÉFLEXIONS SUR LA CONDUITE DE LA VIE, EXTRAIT N° 7

LINDBERGH, CARREL ET FISHER
LINDBERGH, CARREL ET FISHER

LE SEPTIÈME EXTRAIT : ÉNORME PAR SA BRIÈVETÉ

Pascal, célèbre pour la hauteur de sa pensée et la concision de ses formules, avait écrit, ayant envoyé une réponse, un peu rapide : « Excusez-moi, je n’ai pas eu le temps de faire plus court. » L’extrait de ce jour appartient à la même veine.  Il se nomme : Énergie spirituelle.

SEPTIÈME EXTRAIT : ÉNERGIE SPIRITUELLE

Il y a dans la vie des savants, des héros et des saints, une inépuisable réserve d’énergie spirituelle. Ces hommes sont comme les montagnes qui se dressent au-dessus de la plaine. Ils nous indiquent jusqu’où nous devons essayer de monter ; et combien noble est le but vers lequel tend naturellement la conscience humaine. Seuls, de tels hommes peuvent apporter à notre vie intérieure la nourriture spirituelle qu’elle demande.

Il y a dans l’esprit des éléments moins connus que l’intelligence, le sens moral, ou le caractère. Ces éléments sont totalement inexprimables par des mots. Ce sont des intuitions, des impulsions instinctives, quelquefois une perception extra-sensorielle de la réalité.

De la richesse de ce substratum de l’esprit vient la force de l’individu et de la nation. Cette indéfinissable énergie spirituelle ne se rencontre pas chez les peuples qui veulent tout exprimer en formules claires. Elle a disparu chez nous, car la France se refuse à l’irrationnel; elle a nié la réalité des choses que les mots sont impuissants à décrire. Pascal était plus près de la réalité que Descartes ; les poètes et les mystiques connaissent mieux l’homme que les physiologistes. Ceux donc qui veulent monter aussi haut que le permet la condition humaine doivent renoncer à l’orgueil intellectuel ; repousser l’illusion de la toute-puissance de la pensée claire ; abjurer la croyance au pouvoir absolu de la logique; finalement, faire grandir en eux le sens du beau et celui du sacré.

QUELQUES MOTS, DE TROP ?

Les savants, les héros et les saints : une tripartition des hauts d’une société qui dépasse celle, plus terre-à-terre de Dumézil portant sur les prêtres, les guerriers et les producteurs. Précisons en termes de fonctions : sacré et souveraineté, guerre, et production et reproduction.

À bien y réfléchir, la formule raccourcie de Dumézil n’est que la première étape, la pose des trois premières pierres de toute société qui se propose un avenir viable. À mieux y réfléchir, les représentants  des trois fonctions basiques pourraient bien n’être qu’hypocrites astucieux, batailleurs de rue et profiteurs professionnels. En somme des usurpateurs de titres. Pensez au temps présent, et faites votre choix. Car, malheureusement, si Renard est astucieux, sa hauteur de vue s’arrête à celle des poules et autres animaux de basse-cour.

Loin de ces vers de terre tri-fonctionnels, Carrel nous mène vers les montagnes, où se trouve le but naturel de la conscience humaine. Lesquelles ? Il ne le dit pas. À chacun sa montagne, celle où souffle l’esprit.  Mais escalader les cimes, si forts soient nos poumons, ne favorise guère les grandes tirades des blablateurs encensés des foules. Peut-être, tout simplement, trois mots, un sourire, un regard qui chavire !

L’essentiel est non seulement invisible pour les yeux, mais indicible par le truchement de la langue. Pour l’atteindre, il faut évoluer d’une secousse depuis la base des impulsions instinctives, quasiment bestiales, à la perception extra-sensorielle de la réalité, le lot des aventuriers de l’univers, portés par des rêves héroïques, peut-être par des fractures intimes transcendées. Lisez les vies de saints mystiques, leurs nuits obscures et leurs gloires, lisez les « impossibles exploits » qu’aucune bête au monde n’aurait réalisés, lisez la croisade de Pasteur contre la rage, et autres exemples à votre choix.

Et, pour revenir au temps présent, cessons de lancer à tort et à travers les mots science, savant, scientifique et autres calembredaines qui ne sont que paillettes de parasites de télévision et de la pensée. Embrassons la geste de la France :

Gesta Dei per Francos.

Tout est dit.

Antoine Solmer