
Pour peu que vous receviez des courriels émanant des USA, il peut arriver que votre correspondant se présente ainsi : Jessica She/her/hers. Évidemment, même avec des rudiments d’anglais, mais surtout en tenant compte de l’imprégnation woke qui atteint certains membres de ce grand pays, vous comprenez qu’il y a anguille sous roche (toute référence à la symbolique de ce long poisson ne peut être que hasard malencontreux). Selon votre humeur du jour, vous pourrez, selon les cas vous contenter d’un bof semi-méprisant, d’un froncement de paupière préludant à une irritation marquée, ou vous étonner : quelle mouche a piqué cette Jessica ?
La mienne, ma Jessica de circonstance, avait eu la gentillesse (ou l’astuce prosélyte) d’annexer un lien à sa présentation [1]. Un clic et je me retrouvai sur une page intitulée « What and Why. What are personal pronouns and why do they matter? »
J’ose traduire : « Quoi et pourquoi. Que sont les pronoms personnels et pourquoi sont-ils vraiment importants ? » (l’adverbe vraiment est rajouté pour mettre en relief la pensée sous-jacente).
Une petite révision de grammaire ne faisant jamais de mal, je m’y suis rendu. Y aurait-il du nouveau sur ses pronoms destinés à remplacer des noms (au sens grammatical ou personnel) ? Eh bien ! Du nouveau, il y en a ! Du nouveau et des nouvelles ! J’en extrais l’essence… hautement inflammable. Vous apprendrez que :
« Souvent, les gens se contentent de suppositions sur le genre d’une autre personne en se basant sur son apparence ou son nom. Ces suppositions ne sont pas toujours correctes, et le fait d’en faire une (même correcte) envoie un message potentiellement malfaisant [2] – selon lequel les personnes doivent avoir une certaine apparence pour démontrer le genre qu’elles ont ou n’ont pas. »
Qu’on se le tienne pour dit. Jessica n’est pas obligatoirement un prénom féminin, ou c’est le prénom préféré d’Archibald (au moins momentanément) en y associant les pronoms que la grammaire classique imposerait à une Jessica, enfin à celle-là seule, et non à une autre, qui pourrait préférer « he/his/his ».
Au passage, puisque ces grammairiens et -riennes de presque rien veulent donner des leçons sur les pronoms, ils.donzelles auraient pu distinguer les pronoms personnels des adjectifs possessifs. J’imagine que ma petite remarque est trop basique pour atteindre les hautes altitudes et attitudes intellectuelles où ils.ailes volent. Encore un cas où la grammaire vole et se vole.
Je poursuis ma lecture : « utiliser le prénom correct d’une personne est une façon de la respecter et de créer un environnement inclusif. ». Bien entendu, le « prénom correct » est celui que le / la / les personne(s), il, elle et toute la clique, s’est, se sont choisi.
Mais attention ! « Il peut être offensant ou correspondre à du harcèlement, de supposer le pronom et de l’utiliser si ce n’est pas celui par lequel la personne veut être reconnue. »
Et surtout, n’insistez pas ! Vous useriez implicitement de la notion oppressive que les personnes intersexuelles, transgenres, non binaires, et de genre non conforme n’existent pas. »
Gare ! Ou il vous en cuira !
D’ailleurs, le site dont vous avez le lien en note de bas de page ne se limite pas à cela. En poursuivant, vous apprendriez comment utiliser vos pronoms, comment les partager, que faire si quelqu’un les prononce à tort, comment demander à quelqu’un les prénoms de son choix, comment utiliser l’écriture inclusive, etc.
Ayant lu, j’ai repensé à tous mes maîtres d’école et professeurs aujourd’hui disparus. J’imagine combien de coups de règles, combien de zéros, combien de traits d’encre rouge ils auraient distribués, et combien de rires auraient accompagné les affirmations de nos contemporains d’outre-monde. Car c’est bien d’un autre monde qu’il s’agit. Un monde qui veut imposer sa dictature. Un monde qui nous a déclaré sa guerre, sous ses apparences souriantes de pure circonstance, un monde vampirisant.
Mais aux heures sombres doivent succéder les lumières du jour. Mieux que les gousses d’ail et les croix bien plantées, nous décaperons bientôt les cheminements pervers de cette nouvelle secte.
Antoine Solmer
(À suivre)
[1] https://pronouns.org/what-and-why/
[2] Les caractères gras sont du texte original

