LE FOOT… EUR DE M…

Si vous voulez écouter une émission passionnante par la passion des débateurs emmêlés dans les dits, non-dits, presque-dits, et autres échappées sonores, passez quelques minutes chez Morandini Live. Vous y retrouverez différents personnages : Christian Estrosi (maire de Nice), Julien Odoul (député RN), Gilles Platret (IR, maire de Châlons-sur(Saone), Jean Terlier (député, RE), Mathieu Slama (essayiste) et Azziz Senni (entrepreneur).*

Il y était question d’un certain match de foot-ball entre la France et le Maroc, et de quelques conséquences immédiates qui nous ont coûté les heures supplémentaires de milliers de policiers, le nettoyage des festivités organisées à coup de mortiers, caillasses, matraques, et des appréciations variables sur les drapeaux marocains et français, ainsi que sur les sentiments qui s’y attachent.

Le ton est très vite monté entre ceux qui établissaient une relation amoureuse entre le fait d’être français, le drapeau national et le pays en tant que tel, sans oublier de soutenir l’équipe dite « de France ». Une déclaration dénuée de toute ambiguïté de Christian Estrosi servait d’introduction, et il ajoutait qu’il ne comprenait pas que des Franco-Marocains, ne le suivent pas sur ce terrain et se livrent à quelques-unes de ces « plaisanteries d’après-match » qui ont fait quelques dizaines de milliers de vues sur des réseaux sociaux. C’était parti pour les affirmations fortes, y associant parfois quelques nuances… et l’oubli des fondamentaux.

Ceux qui veulent chercher les petites bêtes regarderont l’émission dans sa totalité. Ils y trouveront un peu de piquant chez Mathieu Slama, mais tiré d’une vieille boîte largement éventée et servi pour la recette irrécupérable de la gauche : le refus de toute injonction, le racisme sous-tendu par la différenciation entre bons et mauvais Français, l’accusation de créer une polémique de toute pièce, l’extrême droite, etc. Bref, à quelques mots près, rien de nouveau depuis quelques décennies de la part de ces donneurs de leçons, qui, exceptionnellement, tapent dans le mille.

Au fond, la représentation ne valait pas le déplacement. Alors autant y ajouter un deuxième acte : celui qui explique les bousculades de la surface en explorant le sous-sol. La question fondamentale reste : « de quoi parlons-nous ? »

Certains ont pu dire qu’il s’agissait de sport, comme si le mot magique brandi en drapeau blanc avait le pouvoir de ramener le calme, la sérénité et le fameux fair-play qui n’était pas le lot des supporters prétendus britanniques lors de la finale de Ligue des champions au Stade de France en juin dernier.

Eh bien ! Il faut arrêter de se masquer les yeux (et la bouche, et le nez, alouette je te masquerai…). Déjà, au temps de la soule, l’ancêtre du foot-ball, les horions pleuvaient, les coups de boule (pas seulement de ballon), et autres façon de montrer à l’équipe adverse qui était le plus fort. Mais là n’est pas l’essentiel, qui reste la possession d’un terrain, la suprématie d’un clan. Et ce terrain, symboliquement, c’est le monde, dont les partages ne sont que rarement décidés en « faisant dans la dentelle ».

On retrouve cela en meso-Amérique des temps précolombiens. Une balle en caoutchouc pesant jusqu’à trois kilos, qui aurait effrayé bien de nos joueurs modernes, et des enjeux élevés, comme celui de la fertilité… nécessitant quelques sacrifices dont on ignore les limites. Le caractère sacré du jeu permettait à de hauts dignitaires d’y prendre quelques risques pour affirmer leur puissance. Ainsi, la guerre n’était jamais très loin.

Et même, il faut oser passer la dernière phrase au présent : ici ou ailleurs, dans certaines de ces confrontation, la guerre n’est jamais très loin.

Alors, pour revenir à ce France – Maroc dont je me moque éperdument, le problème reste entier : oser ou non dire que la possession du terrain est « l’enjeu non dit ». Non dit mais tellement hurlé, tellement accompagné de drapeaux, tellement préparatoire à des exercices musclés de stratégie de terrain.

En des temps de France forte, tout cela aurait pu passer pour amusettes et effervescence adolescente plus ou moins avinée.

Nous n’en sommes plus là. Monsieur Slama perdu dans ses vieilles rengaines et les défenseurs du sport neutralisant et neutralisé sont dépassés. Quant aux sentiments, sans les actions, que valent-ils ?

Comme je le dis, ce match m’importe peu. Mais ses coulisses, ses débordements… rien que des symptômes d’une maladie profonde. Pour sauver quiconque d’une gangrène, il faut des antibiotiques (mais attention à la « tension »), et sinon, amputer ou apporter une sacrée dose d’oxygène.

Qui enverra les médecins nécessaires ? Quand ?

Antoine Solmer

* https://www.jeanmarcmorandini.com/article-521058-l-essayiste-mathieu-slama-met-le-feu-sur-le-plateau-de-morandini-live-en-affirmant-que-rien-n-oblige-un-francais-a-aimer-son-ou-le-drapeau-tricolore-video.html

Illustration extraite de https://www.tf1info.fr/justice-faits-divers/france-maroc-en-demi-finale-de-coupe-du-monde-2022-le-bilan-des-incidents-et-des-interpellations-notamment-a-paris-2241962.html