AMATEURISME ET CHANGEMENT DE PIED

“L’homme propose, dit le proverbe, mais Dieu dispose”… encore que dans le cas présent, ce ne soit sûrement pas Dieu qui fait joujou au “maître des horloges”, mais l’Élysée, dont le locataire adore se prendre pour un démiurge-en-chef platonicien : reconnaissons à Dieu cet immense mérite que, s’Il nous a laissés dire que nous, hommes, étions “faits à Son image”, II n’a jamais sous entendu que Lui pourrait être bâti à l’image de l’homme… Le “Plan A” était que nous survolions la situation internationale avant d’en tirer une nouvelle rafale de vœux. Ce sera pour demain, plan B exige !

Car même si, comme l’écrasante majorité des français , vous vous foutez comme l’an 40 des petits jeux infantiles qui occupent à plein temps notre bobosphère journalistique et notre microcosme politique (qui n’a vraiment rien qui lui permette de mériter ce qualificatif aujourd’hui dévalué), vous ne pouvez pas ne pas savoir que la borne a été dépassée – je dirais même “déplacée” puis “déposée”–  et que nous avons mérité de “toucher” (enfin… dans le sens de “avoir droit à”, pas “de palper”) un nouveau Premier ministre qui me pardonnera sûrement de ne pas me précipiter pour lui mettre des majuscules[1]. Et que l’on soit passionné, ému aux larmes ou simplement bouleversé par cette grandiose nouvelle… on est bien obligé d’en tenir compte et d’en dire quelques mots.

La France, une fois encore prise en otage –puisque pas un seul des problèmes qui l’assaillent et des soucis qui la rongent n’est abordé par ceux qui devraient résoudre les premiers et éviter les seconds– s’est retrouvée au cœur d’un de ces Opéra-bouffe (bouffon, plutôt) qui resteront comme la marque du drame qu’aura été le macronisme dans notre histoire récente…. la bonne nouvelle étant que, assez rapidement, il n’en restera rien et que, comme le hollandisme qui lui a ouvert la voie, il sera oublié… ou ramené à un second chapitre de la saga de nos “Rois fainéants”.

En résumé : une nulle pas sympathique, techno de gauche, ne cochant donc aucune des cases de la “description de fonction”, a été chassée de Matignon où on l’avait envoyée se planter la gueule, sans “feuille de route”, avec un ordre de mission à la fois “ni… ni…” et “en même temps” et, au fond, sans trop savoir pourquoi – sinon que quelques petits marquis gauchophiles refusaient le premier choix – trop à droite-sic ! – du maître des horloges qui avait cédé “quoi qu’il en coûte”. C’est une seconde nature. Ce “Dehors !” résume la totalité de la non-doctrine du moment appliquée à un cas concret. Et certains s’étonnent que ça n’ait pas marché ! Pour rattraper ce méga-ratage, on va mettre sur le trône un charmant bambin, poupin à souhait et ex-socialiste, qui ne coche donc pas davantage les cases de la “job description”. Pour ou avec quel résultat prévisible ? Devinez !

Car nous voilà, une fois de plus (sera-ce la fois de trop?) confronté à la prophétie de l’Ecclésiaste : “Malheur à la Cité dont le roi est un enfant”. C’est curieux, comme les gens qui se hissent aux firmaments des prébendes et des pouvoirs sans objet semblent ne rien apprendre de leurs échecs ! Tout était pourtant très prévisible : un simple petit blogueur de quartier, qui se cache pour ne pas être vu ni connu, et qui n’a comme seule arme qu’un vieux bon sens autrefois dit “paysan” a annoncé tout – je veux bien dire : tout– ce qui s’est passé, depuis avant-même la première élection du maître des horloges (pauvres horloges !), avec comme seule boule ce cristal quelques vieux proverbes, une confiance dans les fondamentaux de notre civilisation, un mini esprit mini critique et un refus hyper-méfiant de toute idée soit à la mode, soit venant de gauche (ce sont les mêmes !), soit qui paraît complètement farfelue (idem)…

Eh ! bien, malgré la présence à mes côtés de ces armes pluri-séculaires qui, ne s’étant jamais trompées, sont fiables… le maître des horloges a réussi à me surprendre ! Dans les 43 années de ma vie professionnelle, Dieu sait si j’en ai viré, des gens : des nuls, des “encore plus nuls”, des malfaisants, des déviants, des fourbes, des mal-embouchés, des tricheurs, des périmés, des menteurs, et tellement d’autres (chacun de ces renvois m’a rendu malade et je n’en ai oublié aucun ! Mérités, mais douloureux). Mais à chaque fois, il y avait une préparation et jamais je me suis trouvé devant le drame de la chaise vide. Or c’est ce qui se passe, en macronie, à chaque changement de Premier ministre… ce qui est fou, quand on y pense !

Macron a viré Borne sans “plan B” soigneusement préparé, et il a fallu des jours pour qu’un nom émerge, choisi de toute évidence selon les règles du célèbre principe de Peter : “Tu prends un type qui vient de ’’toucher” un nouveau job où il réussit pas trop mal, contre toute attente rationnelle… et tu le promeus à un étage plus élevé où il a “toutes les chances d’atteindre son niveau d’incompétence” , le tout avec un seul justificatif et une seule “bonne raison”, très mauvaise : il est le plus jeune jamais osé à ce poste, comme si le seul fait de ne pas savoir de quoi on parle était une chance de succès ! 

Mais dites, les gars, souvenez-vous… : le truc du “le plus jeune”, on l’a déjà essayé avec Giscard (résultat : le regroupement familial et le défilé du 14 juillet sur les grands boulevards), avec Fabius (résultat : “mangez des carottes râpées”, et le début de la chute irrémédiable de la France), et avec Macron lui-même (résultat : le cassage de gueule généralisé sans espoir de redressement, et notre suicide dans une Europe anthropophage… causes actuelles de notre désespoir !). On a tous oublié que Saint-Just, le boucher de la Terreur, a été, en son temps, le plus jeune député, aussi. Rien que d’y penser…

Comme la saison est aux vœux et aux souhaits, on va tempérer la cruauté de cette analyse factuelle en se disant qu’un miracle est toujours possible (Attention : sans commettre d’attentat contre leur “laïcité” – entre temps détournée de ses justifications éventuelles, alors que, au fond, tous les autres pays vivent, sans elle, heureux et plus démocratiquement que nous). En souvenir de ce qu’était la France que nous avons tant aimée, nous souhaitons tous un beau succès à notre jeune Pm. Qu’on soit plus que réservé sur ses chances réelles est un autre problème… comme l’est notre souffrance devant un tel gâchis répété tous les 18 ou 20 mois…! Bonne année à lui… et à nous !

H-Cl.

[1] NDLR : Pour une fois que je peux exprimer un petit désaccord avec mon ami Claude, je refuse de m’en priver. La typographie classique impose un Premier (avec majuscule) ministre et un président (sans majuscule) de la République. Bien sûr nous laissons de côté la typographie des cuistres et bureaucrates lèche-… portes qui a toujours été en pointe dans l’inflation des majuscules.

Donc, et juste pour le plaisir de faire sourire Claude, j’ai rétabli une majuscule correspondant à la grande valeur de ce Premier ministre.

Antoine Solmer