DÉMOCRATIE = DÉMOGRAPHIE MAIS… (1)

Puisque la démocratie est censée faire procéder la conduite de la société de la force du peuple, il est logique et indispensable de savoir de quel peuple il s’agit, en quelle quantité et en quelle qualité, toutes questions dont nos tyranneaux de service ne veulent surtout pas parler… ou alors en se gargarisant de formules creuses mensongères.

Il n’en reste pas moins vrai que la sacro-sainte règle du 50% plus une voix s’impose, au moins théoriquement, pour imposer les décisions les plus calamiteuses dont sont gourmands les braconniers de pouvoir.

Nous avons parlé précédemment de l’amendement Wallon, et donc, de « cette voix unique » dont nous avons hérité après bien des virages, dérapages et autres sorties de route. Autant dire que la « bagnole » a beaucoup vieilli et qu’un contrôle technique qualifié s’imposerait dont nous connaîtrions d’avance le résultat : à la casse.

SUR MME TRIBALAT

Nous parlons de nombres, alors examinons ceux que nous offre Michèle Tribalat dans un article qu’elle publie le 21 juin 2023 dont le titre est plus que clair : « LE DÉCLIN DÉMOGRAPHIQUE DE L’UNION EUROPÉENNE SCELLÉ ? [1]»

Elle a eu la prudence de terminer sa phrase par un point d’interrogation. Prudence probablement plus politique que mathématique, car  son propos est clair : l’avenir est noir.

Le propos n’est pas neuf. En 1990, Pierre Milloz avait publié un rapport consacré au coût de l’immigration, sur lequel le Front National de la grande époque avait fondé une partie de sa politique. Pierre Milloz n’avait cessé de traiter ce thème et ses points annexes. Le Landerneau politique s’en était ému, et même un peu plus que cela. En 1998, Mme Tribalat (avec Pierre-André Taguieff) publiait Face au Front national : Arguments pour une contre-offensive.

Immédiatement (1999), Pierre Milloz revenait avec L’immigration, rapport Milloz II : Réplique à Pierre André Taguieff et à Michèle Tribalat.

Soyons honnêtes, Mme Tribalat a repris ses sources et approfondi la question jusqu’à publier en 2010 son essai sur la démographie française intitulé Les Yeux grands fermés : L’Immigration en France. C’était maintenant à elle d’essuyer le coup de torchon de la Gauche.

SUR LE RÉCENT ARTICLE DE MME TRIBALAT

J’ai rappelé ces quelques points pour montrer l’importance de son dernier article. Les passionnés pourront — et devraient –le lire en détail sur le site de Michèle Tribalat. Il y découvriront aussi quelques spécificités « parlantes » de sa biographie professionnelle qui expliquent bien des mensonges sur la véritable silhouette du peuple « de France » autant que du peuple « en France. »

Pour les autres, en voici les grandes lignes que je cite in extenso, tant le sujet est gravissime.

           LA QUESTION DE LA SURVIE DÉMOGRAPHIQUE

« Les dernières projections d’Eurostat (EUROPOP2023) posent aux Européens la question de leur survie démographique.

« Même en projetant une remontée progressive de la fécondité, à très long terme, vers un niveau légèrement inférieur à la fécondité française actuelle, l’UE ne peut espérer ne serait-ce que maintenir le nombre de ses habitants sans recourir à l’immigration. »

« L’Europe n’envisage pas la possibilité d’une redynamisation interne de la démographie de l’UE condamnée à voir le nombre de décès dépasser très largement le nombre des naissances. C’est déjà le cas et cela ne devrait pas s’arranger. Sans immigration, l’UE pourrait perdre, même avec une remontée progressive de la fécondité (1,77 enfant par femme en 2150), 152 millions d’habitants d’ici la fin du siècle. »

Graphique 1 évol pop UE27 selon la projection retenue
Graphique 1 évol pop UE27 selon la projection retenue

          UNE IMMIGRATION INDISPENSABLE

« Quelle que soit la projection, l’évolution naturelle de la population de l’UE27 serait fortement négative sur l’ensemble de la période. En 2022, 1,25 million de nouveau-nés ont manqué pour compenser le nombre de décès. Ce déficit est appelé à se creuser dans toutes les hypothèses, jusqu’autour de 2060, pour diminuer ensuite, mais sans qu’il ne se transforme jamais en excédent. Sans surprise, c’est l’hypothèse d’une fécondité basse qui a l’effet le plus négatif sur le solde naturel (graphique 2). Rappelons que ce résultat est dû en partie à l’hypothèse selon laquelle les immigrées auraient la même fécondité que les natives, alors qu’elle lui est supérieure dans plusieurs pays. Mais, au final, d’après EUROPOP2023, l’Union européenne n’a aucun espoir de voir sa démographie assurée par le renouvellement naturel. Pour maintenir ou voir croître un peu sa population, elle ne peut compter que sur l’immigration. La plupart des pays de l’UE27 connaissent un solde naturel négatif dès 2022. Dans la projection centrale, ce n’est le cas de la France qu’à partir de 2039, de l’Irlande qu’à partir de 2051 et de la Suède qu’à partir 2058. »

Graph 2 solde naturel Eurostat
Graph 2 solde naturel Eurostat

          IMMIGRATION FORTE, INDIGÈNES MINORITAIRES

« Dans l’hypothèse migratoire haute, les migrations ajouteraient près de 59 millions d’habitants à l’UE27 d’ici 2050 soit +12,6 %. C’est apport doublerait dans le quart de siècle suivant et finirait par atteindre près de 175 millions en 2100, soit 37 % de la population de l’UE27 à cette date. C’est en Italie et en Espagne, pays pour lesquels les taux d’immigration nette projetés par Eurostat sont les plus élevés, quelle que soit l’hypothèse migratoire, que cet apport est le plus conséquent, sans même assurer une croissance démographique sur l’ensemble de la période. Dans l’hypothèse migratoire haute, la population de l’Italie ne gagnerait qu’un million d’habitants d’ici 2050, en perdrait ensuite, pour finir à 57 millions en 2100. La moitié de la population serait alors apportée par l’immigration nette intervenue depuis 2022. Avec la même hypothèse, la croissance démographique de l’Espagne de quelques millions d’habitants d’ici 2075 serait également le fruit d’un apport démographique de l’immigration nette important, lequel représenterait 55 % de la population en 2100. Quant à la population de la Pologne, elle est amenée à se réduire drastiquement dans toutes les hypothèses. Sans migration, elle perdrait 36 % de sa population d’ici 2100. Elle en perdrait aussi si l’hypothèse migratoire haute se trouvait vérifiée, mais moins (-15 %). Alors, près d’un quart de sa population serait apportée par l’immigration nette depuis 2022. »

          ET LES RETRAITES

« Le rapport de dépendance qui rapporte le nombre de personnes âgées de 65 ans ou plus aux personnes âgées de 15 à 64 ans, déjà élevé en 2022 (33 %) est appelé à croître dans l’UE27, quelle que soit l’hypothèse retenue. Dans l’hypothèse la plus favorable (migrations hautes), il atteindrait 48,3 % en 2050, puis 53,3 % en 2075 pour finir à 57,9  % en 2100. Il y aurait alors un peu plus d’une personne en âge d’être en retraite, si celle-ci était fixée à 65 ans, pour deux personnes potentiellement d’âge actif. Et encore, peu commencent à travailler à 15 ans. La situation serait bien pire en l’absence de migration : 50 % serait atteint dès 2042 et le rapport de dépendance tendrait vers 70 % en fin de siècle (graphique 3). C’est aussi à ce niveau que conduirait, en 2100, l’hypothèse de fécondité basse. En France, avec des hypothèses migratoires beaucoup plus faibles, compte tenu d’une fécondité supérieure, le profil d’évolution est à peu près le même, sauf en l’absence de migration. Le résultat semble aberrant car le rapport de dépendance évolue alors moins vite que dans l’hypothèse migratoire basse. Lorsqu’on examine l’apport démographique de l’immigration, dans cette hypothèse, au nombre de naissances, il serait moins élevé entre 2032 et 2081 qu’en l’absence de toute migration. On ne comprend pas bien pourquoi, la fécondité et la mortalité restant les mêmes[2].»

Graphique 3 rapport de dépendance
Graphique 3 rapport de dépendance

          UNE CRISE GLOBALE

« On pourrait juger qu’il est de peu d’intérêt de produire des projections de populations à un horizon aussi lointain que 2100. Il n’est cependant pas inintéressant d’anticiper ce que nous réserve un déclin démographique prolongé. Eurostat n’anticipe à aucun moment la possibilité, pour l’UE, de retrouver un niveau de fécondité qui assurerait le renouvellement de sa population. Il est d’ailleurs peu probable qu’une politique familiale volontariste suffise désormais à convaincre les jeunes de croitre et se multiplier, à une époque où c’est l’être humain qui fait figure de nuisible sur terre. Les enjeux écologiques et climatiques mondiaux et un individualisme forcené ne forment pas le cocktail idéologique favorable à la responsabilisation des Européens pour qu’ils se préoccupent d’un destin collectif à l’échelle de leur nation ou de l’Union européenne. Les lamentations sur la relève démographique qui vient de l’étranger ne sauraient être le refuge de peuples qui n’assument plus la survie de leur civilisation. »

Antoine Solmer

(À suivre)

[1] https://micheletribalat.fr/439890846/projections-eurostat-europop2023