Le mot est à la mode : la tension. Encore une trouvaille d’un crâne d’œuf farci aux éléments de langage. Bref, attention partout ! Nous sommes en tension. Pour le paracétamol, pour l’amoxicilline, avec ou sans acide clavulinique, (antibiotique le plus souvent prescrit pour son action sur le streptocoque A qui surgit dans le cadre d’une « triple épidémie »). Alors les « Recos » changent. Je traduis : Reco = recommandation médicale de l’ARS. C’est ainsi que l’on écrit dans les revues médicales, pour faire « djeun » peut-être. Chacun a les éléments de langage qu’il peut.
Donc, il faut savoir traduire. La tension, c’est tellement plus évolutif, plus high-tech, que le manque, l’indisponibilité, la pénurie, le défaut, la défaillance, l’épuisement. De plus, il s’y ajoute une sorte de logique : à force de travailler, d’importer, de délivrer « en flux tendus », de plus en plus tendus, la tension dépasse les limites acceptables, le système craque de tous les côtés. Parlant de notre 220 volts, on « pète les plombs » ou un câble, quelque part entre la source électrique et nos compteurs.
En langage « crâne d’œuf « : la tension va couper parce que la tension monte. Du fantastique « en même temps », du Macron tout pur, tout cuit à plus de 45 degrés, limite inaccessible au commun des mortels car, à cette température, les protéines cérébrales cuisent comme une vulgaire soupe aux macaronis. Mais Macron est protégé. Cette tension sur l’électricité qui fait baisser la tension électrique au plancher lui a donné un coup de tension artérielle au cabochon. Du de Funès parodié sans talent, du Cruchot pur sucre à Saint-Tropez, de la tension dans les tenseurs de soutien-gorge des nudistes. On va vous remonter les bretelles, mes gaillardes ! Et mes gaillards aussi ! Pas de sexisme.
Il faut dire, que les épisodes du scénario sont surréalistes.
On croit rêver en écoutant Laurent Méric, le porte-parole d’ENEDIS, expliquer la danse des balais entre les personnes non prioritaires, mais dépendantes de leurs respirateurs, les commissions internes d’ENEDIS, les relais des ARS, les demandes et envois de messages, les visites d’agents, la non-prise en compte des contraintes médicales, les « éventuels » transferts dans des hôpitaux (Lesquels ? Où ? Comment ? Par qui ?). On imagine les cohortes de bureaucrates mâchonnant leurs crayons pour accoucher de cette invraisemblable machine à réinventer le fil à couper le beurre, mais en zigs et en zags. Et pendant ce temps, des personnes se demandent si le prochain hoquet électrique de la machine ne sera pas le leur, si la « tension » sur l’électricité ne causera pas leur asphyxie.
Mais, c’est normal : quand on n’est pas prioritaire… J’aimerais bien savoir qui a décidé des priorités, sur quels critères ? Géographiques, techniques, à la louche, à la gueule du client ? Question annexe : les squatters répertoriés sont-ils ou non prioritaires ? Et les « non vaccinés », « non réintégrés » ? Y aurait-il un emm…ment Macronien par derrière ?
En regardant Laurent Méric expliquer tranquillement le mécanisme de cette embrouille bureaucratique, je me posais plusieurs questions. Est-il conscient de nous exposer la lamentable faillite technique et intellectuelle de ces grands systèmes censés assurer l’énergie nécessaire à la vie des Français ? Est-il un « faux naïf » profitant de l’occasion pour régler ses comptes avec un système qui l’écrase ? Est-il un lampiste que l’on a mis en première ligne pour prendre le coup de tension attendu après ce dévoilement du gouffre ? S’agit-il encore d’un homme, ou déjà d’un hologramme trans-tensionnel ?
Quant aux réponses des lieux plus ou moins hauts, elles font rêver.
Mme Pannier-Runacher nous le déclare : « J’ai été très claire avec Enedis. J’ai été contrainte de les recadrer très directement. » Elle, claire ? On rêve. Je l’entends encore bredouiller qu’il n’y aurait pas de manque de courant pour charger les batteries des voitures car les distributeurs chargeaient des batteries en réserve. Bref, elle a inventé le moteur perpétuel, dynamité tous les principes de Carnot, rénové toute la physique et la chimie, et largement mérité de participer au grand concours de la guignolade la plus triste.
Quant au président, hypertendu au point d’en devenir comique, il en rajoute. Cet homme a manqué son destin de caporal de semaine dans la séquence revue de slips et de godasses.
– Mais chef, y’a pas de godasses !
– Déconne pas avec tes scénarios absurdes !
Et tout ça parce que, par manque de courage politique, les différents chefs d’État ont baissé leurs frocs devant les écologistes insurrectionnels et saboté le nucléaire civil de la France.
C’est beau, la dégringolade. Mais, comme le crime, à qui profite-t-elle ?
Antoine Solmer

