
On parle beaucoup de déradicalisation. On en parle beaucoup, on en parle même trop. Mais personne n’ose revenir à l’étymologie, au mot racine, qui a donné entre autres radical (très acceptable quand il s’associe à socialiste). Tellement acceptable que le radicalisme était considéré par Édouard Herriot comme « l’application politique du rationalisme ». Cela peut paraître fumeux de la part de l’homme à la pipe, mais pas au point de lui couper la chique[1].
Mais la question se complique quand on revient au mot racine et à son dérivé plus classique : éradication. Ici, nous sentons mieux l’effort, non seulement de parler en bon français, mais aussi d’extirper de la terre, jusqu’aux racines, des plantes nuisibles, à la force des bras ou avec les outils adéquats. On a même éradiqué des virus, en d’autres temps. Mais cela est une autre histoire…
Donc, on parle beaucoup trop, mais mal, et avec quelles actions ?
Les centres de déradicalisation
Rappelez-vous 2016, ses tambours, ses trompettes pour ouvrir le premier centre en Indre-et-Loire, à Beaumont-en-Veyron. Ça sonne comme une chanson de Delpech, enfin, pas loin, dans le Loir-et-Cher, mais avec quelques fausses notes, au point que ça ne chante plus, ça déchante, mais en silence. On en parle tellement peu, qu’un trio de sociologues en a sorti une drôle de musique [2]:
CPIC (Centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté CPIC) telle était la fière devise de la mascarade (déjà !). Je ne me rappelle pas en avoir été averti à ma naissance, mais peut-être n’en avais-je pas besoin. C’est vieux. Un autre monde. Retour au présent.
Le CPIC oscillait, voire tanguait, entre une discipline militaire et une approche psychologique spécialisée (cognitivo-comportementale), l’ensemble visant à une réinsertion professionnelle. Encore fallait-il déjà que cohabitent paisiblement les anciens militaires imposant uniformes, Marseillaise, levée du drapeau, et les éducateurs spécialisés beaucoup plus portés sur la barbe (morale ou physique), le relâché, le discours spécialisé.
Le brave gouvernement comptait que les volontaires pour se faire déradicaliser s’aligneraient en files et y resteraient. Hélas, la file trop réduite se réduisit encore par les défections (mot officiel pour fuite, ou désertion) et obligea à gonfler les effectifs avec des jeunes souffrant de réels troubles psychiatriques (cela existe !).
Bref, l’histoire tourna en eau de boudin (sans aucune référence à la Légion, qui reste le corps constitué le plus capable – le seul ? – d’intégrer des étrangers « assez spéciaux » à la nation française.
Exit sans grandes pompes l’idée même de CPIC. N’en parlez pas en haut-lieu sous peine de vous faire mal voir.
Mais hier, le général de Villiers : « C’est bien d’une guerre qu’il s’agit »[3]
Étonnante actualité qui nous fait découvrir deux versions du même problème, non pas « en même temps », mais à contre-temps :
« Cet ennemi islamiste ne s’arrêtera pas. Les hommages, les bougies, l’émotion, les fleurs, les colombes de la paix et les larmes d’un jour ne suffiront pas. Nous n’échapperons pas à cette guerre. Elle sera difficile, comme tous les combats contre une idéologie. Elle devra d’abord être menée par la force et les armes nécessaires, à l’intérieur et à l’extérieur de notre territoire. »
Il précise :
- « Par l’éducation, ensuite, car il faut réapprendre aux petits Français à aimer la France.
- Par l’économie, parce que l’emploi et le travail sont la meilleure garantie contre l’oisiveté […]
- Par l’action sociale, car la considération et le respect sont l’antichambre de l’intégration et de l’engagement […]
- Par la loi, qui doit instituer un État de droit compatible avec une riposte adaptée, rapide et efficace et qui doit rester un moyen et ne pas devenir une fin.
- Par la maîtrise de nos flux migratoires, aux frontières de notre pays
- Par la culture, surtout : c’est ce qui reste quand on a tout oublié et elle est la source du génie français
- Par le retour de l’autorité, cet équilibre subtil entre la fermeté et l’humanité, la discipline et la liberté, les droits et les devoirs.
Alors, maintenant, qui fait quoi ? Qui choisit qui ?
Une chose est sûre : certains sont déjà plus que déconsidérés, confinés dehors.
[1] Allusion à son tabagisme effréné, qui aujourd’hui lui vaudrait quelques ennuis.
[2] Un impossible travail de déradicalisation, Alber Alex, Cabalion Joël, Cohen Valérie, Édition Eres

