
Nous voilà, une fois de plus, engagés dans cet étrange processus abstentionniste qu’on appelle à tort « électoral »… Nous allons enfin pouvoir dire aux quatre vents, à tous les zéphyrs et aux alizés… tout ce que nous avons sur le cœur. De toutes les manières, ça ne sert à rien : à peine élus, nos « représentants » retombent sous la houlette du parti à qui ils doivent d’être là où ils sont, et ils ne représentent plus qu’eux-mêmes – ou que lui, comme on l’a vu lors des dernières législatives où des troupeaux d’amateurs non éclairés, sans talent ni existence réelle, se sont fait élire sous la promesse de tout changer dans le bon sens… pour remettre aussitôt en chantier les pires mauvaises idées qui ont endeuillé le cauchemar Hollandais…
Je veux bien admettre qu’ils ne sont pas les seuls et uniques responsables de cet état de choses : l’histoire est longue, de notre chute interminable vers le néant dont nous commençons à entrevoir qu’il est une possibilité à ne pas écarter. Il n’en reste pas moins vrai que l’état de délabrement de la France découle en tout premier lieu de choix politiques (mauvais pour les meilleurs, et pires pour les moins bons !) qui proviennent tous de ces horribles « programmes politiques » élaborés dans la fièvre pré-électorale, et dont les pires options seront appliquées coûte que coûte par le vainqueur de cette course au « moins démago que moi, tu perds » ! Et nous qui nous sommes laissés b…erner, nous subissons ce fardeau pendant tout un quinquennat.
Deux manières de percevoir le monde cohabitent : pour les uns, le temps obéit à une sorte de « loi naturelle » dont les règles sont assez comparables à celles qui régissent l’homme dans son environnement, tandis que pour les autres, le destin doit se plier à la volonté de ceux qui veulent changer son cours. Gestionnaires contre constructivistes ou évolutionnistes contre révolutionnaires… tout les oppose. On les appelait, avant que la folie ne sorte des asiles : la droite et la gauche (le centre étant alors ramené à ce qu’il est : le refuge de ceux qui croient qu’on peut faire du slalom dans l’épreuve de descente schuss qu’est la vraie vie).
Le regard « de gauche » (donc celui des médias, très majoritairement à gauche, toute) nous assomme sous des faux-semblants superficiels, que ses adeptes appellent « la vérité » alors qu’elle n’est que la leur… et encore ! Mais c’est le fait de considérer que le changement était une valeur en lui-même qui a conduit l’humanité d’échecs en catastrophes, jusqu’à l’apocalypse actuelle : une crise totale, universelle, polymorphe, multi-directionnelle et depuis peu violente à en mourir (au sens propre du terme), que pas un seul des tout petits « grands hommes » du moment ne sait par quel bout attraper… Responsable unique : les définitions le plus généralement admises de la droite et de la gauche ont exclusivement été faites par cette dernière. Elles sont donc fausses, mais bien ancrées dans les esprits… et ravageuses. Et s’est ajouté à cette erreur fatale le cauchemar que toute élection devait se faire autour d’un « programme »… qui est en réalité un catalogue fou de mesures sectorielles destinées à aimanter les voix vers le « bon candidat » !
Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire, jamais avant les années 1980, un roi, empereur, tsar, kaiser ou président n’avait été choisi ou élu d’après un » programme » de transformation de la société (avec tractations, promesses de maroquins, prostitution des intentions, et compromissions à la clé) : le chef suprême était celui qui apparaissait le plus apte à gérer son pays, à faire face à des crises qui ne manqueraient pas de se produire, et à mener son peuple vers sa propre survie en tant que lui-même (et la sélection par hérédité était réputée aussi fiable qu’une autre : pour ne parler que de la France, elle nous a donné bien plus de géants que de nains, ce qui n’est pas le cas de l’élection au suffrage universel où, à De Gaulle et Pompidou (et Sarkozy, de temps en temps) près, la moisson n’est pas riche !).
Mitterrand avait perçu que le corps électoral français était bien ancré à droite (vox populi, vox dei !), et il en a déduit que sa seule chance était de rallier tous les mécontents, soit réels (des échecs sont inévitables dans toute gestion), soit provoqués (en attisant impatiences et frustrations. Le Monde a un rôle important dans la décadence de notre pays !). Il a donc inventé ce concept de « programme électoral » (il le prétendait commun’’ et de gauche, en plus ! Et certains ont marché !). Il y a dans la Gauche un besoin quasi-pathologique de croire qu’elle est mandatée (mais par qui ?) pour bâtir un monde nouveau et un homme nouveau, c’est-à-dire conformes aux cauchemars des iso-Petits livres rouge constructivistes. Le résultat ? 40 années d’échecs, dus à l’idée de « programmes », ce que Jean-Marc Daniel décrivait récemment comme Le Gâchis français“ (Éditions.Tallandier).
« La droite la plus bête du monde » (disait Guy Mollet, expert en la matière !), se soumettant une fois pour toutes au diktat mortel de la gauche, s’est engouffrée dans ce chemin qui ne pouvait mener que dans un mur : « le but d’une mandature est le changement » (sous-entendu : de la société). Giscard, inoubliable avec sa diction chuintée, “regardait la ‘Franche’ au fond des ‘jyeux’… et y voyait un “déjir’ de ‘chongemont’’. Inspirés par cette erreur énorme, tous les partis se sont donc mis à mijoter un programme, chacun dans sa cuisine, avec ses copains. Et voilà pourquoi nos jours dépendent de « programmes électoraux » qui ne sont en réalité que des ramassis de propositions le plus souvent mal venues (104 ici, 115, là, 110 ailleurs…) et de « changements » soit inutiles soit néfastes, qui passent sous silence tous les vrais problèmes, l’évolution du monde, et la gestion adéquate des crises.
Et quand cette utopie constructiviste se heurte à l’implacable réalité d’une Terre globalisée où le programme de l’heureux élu en question était censé être réalisé… elle a vite fait de devenir non pas citrouille, mais dystopie. Il ne peut que constater son échec sur tout ce qui était fondamental, et il va donc s’arc-bouter sur quelques détails insignifiants : si l’économie chancelante, la taxation mortifère, les banlieues perdues, les 35 heures toujours mortelles, la dette obèse, le terrorisme et ses sources, l’immigration, ou encore le chômage sont les oubliés permanents de chaque mandature… la fin du mariage, la mort de la famille, la vulnérabilité de la Police, la révolte des productifs ravagés par la marée montante des pondeurs de normes, la fausse compassion et l’échec de l’école… ne le sont pas, elles !
Ce qui serait souhaitable, c’est que les leader de demain ne soient plus jamais sélectionnés sur l’existence de « programmes » qui ne sont porteurs de rien que de poudre aux yeux, et, le plus souvent, d’engagements financiers intenables et de dérives morales, mais soient enfin choisis pour leur vista, leur capacité à gérer, leur aptitude à passer les écueils, leur intelligence à négocier les crises, et leur charisme pour entraîner un peuple vers sa destinée et vers ce qui le caractérise… mais surtout pas pour mettre en application, coûte que coûte, les folies du concours Lépine du changement le plus farfelu ! Mais les gens attachent aujourd’hui leur vote à l’existence d’un « programme »… que certains vont jusqu’à lire et éplucher, alors que c’est le vecteur n°1 de leur malheur à venir.
Hélas, il semblerait que nous soyons repartis pour un tour : nous aurons droit, cette fois encore, à des programmes ! Encore cinq années de perdues pour la France, au moment où des fous-furieux ne rêvent que de notre mort, sous leurs rafales…
H.Cl.

