J’avais découvert le père Zanetti-Sorkine par le plus grand des hasards, qui n’existe pas, comme chacun devrait le répéter cent fois par jour. Une rencontre en farfouillant dans une brocante où se nichait une série de CDs. Michel-Marie Zanotti-Sorkine, en voilà un nom ! Ou on l’oublie dès la dernière lettre lue, ou on le grave dans sa mémoire. C’est la dernière solution qui s’est imposée à moi. Une première fois sous l’effet de la surprise – une prise qui passe sur nous – et une série de secondes fois plus tard, en écoutant ses prêches sur les fameux CDs. Je puis vous dire qu’un curé comme ça, « ça dépote ».
Et puis, un ami très cher m’a amené Le Petit Versaillais (N° 101 de janvier 2023). C’est un « gratuit ». J’allais écrire « comme il y en a tant ». Cela aurait été pire qu’une erreur, une faute. Car cette publication n’a rien à envier à bien d’autres, payantes et plus illustres. Ce serait plutôt le contraire. Et j’y découvris l’annonce d’un concert… du père Michel-Marie Zanetti-Sorkine.
Le père MMZS (il me pardonnera, je l’espère, ce raccourci) avait huit ans lorsqu’il rencontra « un prêtre salésien, qui respirait la vie surnaturelle intense et faisait preuve d’un dévouement sans bornes. » Et voici ce petit garçon, qui avait dû recevoir de ses ancêtres méditerranéens corses, italiens et juifs russes une bonne dose d’énergie, emporté par la figure de Don Bosco. Une sorte d’appel à « inventer des formes nouvelles d’évangélisation, à ne pas marcher sur des chemins mille fois rebattus. » Il pratiquait la musique. La musique devait être son chemin vers la religion.
Mais la religion n’est pas un long fleuve tranquille, entre les rapides du milieu musical et l’embouchure de la prêtrise. Il y eut la dispersion du milieu musical, puis le séminaire menant au travail pastoral qui le prit pendant plus de quinze ans, avant qu’il puisse redonner cours à l’appel vocationnel de la musique. Un « appel irrépressible » précise-t-il.
Essayons de mieux connaître le père MMZS par quelques citations extraites du Petit Versaillais.
« L’art, c’est la transmission de l’univers intérieur d’un homme qui porte en lui des aptitudes particulières à la représentation de ce qu’il éprouve… Mais pour que l’émotion passe, car c’est d’émotion qu’il s’agit, cela suppose que l’on partage la même vie, sinon, on ne peut pas atteindre le cœur humain. »
En concert : « ]’ai voulu, en ces temps difficiles et moroses que nous traversons, infuser de l’amour, de la joie, de !’espoir, de la foi dans le cœur de ceux qui viennent nous écouter avec mes six musiciens… »
« Ce n’est pas un récital à proprement parler religieux ; mais c’est tout de même un prêtre qui a composé la musique, écrit les paroles et qui les chante. »
« … de nombreux prêtres ont travaillé dans des champs apparemment étrangers à la foi. Mais parler de Dieu, c’est aussi montrer la vie dans ce qu’elle a de plus beau. »
« Aujourd’hui la passion du malheur, le drame humain captivent davantage que les œuvres du Bien. Les crises sont entretenues par les médias et leurs informations serinées tout au long de la journée. Il faut éteindre un peu nos écrans et vivre notre propre vie. »
« Il revient à chacun de semer du Bien et du Beau autour de lui, sans s’occuper du contexte. Pensez à saint Maximilien Kolbe qui faisait rayonner l’amour dans le camp d’Auschwitz. »
« La vérité ultime que le prêtre doit transmettre, c’est le Christ ! Il doit essayer de faire découvrir ce que Jésus a donné en propre à l’humanité. Bien sûr, toute évangélisation doit aboutir au don des sacrements, mais autre est celui qui sème, autre celui qui récolte. »
Vous l’aurez compris, le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine est un de ces curés comme il nous en faudrait des palanquées.
Et si vous voulez un échantillon de son talent profane… en apparence, écoutez-le en ses œuvres, toutes ses œuvres.
Antoine Solmer

