C’est donc sous le califat éblouissant du prétendu « Mozart de la Finance » que je découvre un PQ dont je n’avais osé imaginer l’existence. Il s’agit d’une « attestation sur l’honneur ». Où l’honneur va-t-il se nicher, je me le demande chaque jour. Sous le divan du calife de bagues d’âne ? Dans ses élucubrations de boxeur photoshopé ? Ou dans les méandres va-t-en guerriers de ses discours hallucinés ? Je laisse le libre choix de l’inventivité à mes lecteurs, et j’en reviens au fond du débat qui évoque la nécessité d’un certain PQ.
Vous êtes retraité, bénéficiant de possibilité de vous la couler douce hors du pays qui célèbre chaque jour la fête des couteaux agités par des « déséquilibrés ». Comme les années écoulées vous font payer le tribut dû à quelques artères récalcitrantes et autres menus déplaisirs, vous embarquez votre provision de médicaments chez le potard du coin. « Pour trois mois, » comme a précisé le médecin prescripteur qui perd un peu plus de temps à rajouter « délivrance en une fois ». Comme si les médecins raréfiés qui hantent les déserts médicaux n’avaient pas d’autres chats à fouetter !
Vous vous rendez donc à la pharmacie
Mais ça ne suffit pas. Voici que le digne potard – une jeune potarde, en l’occurrence – ajoute à votre petit sac une feuille magique sortie de l’imagination tout en zig-zag d’un quelconque Ubu de service. Si vous ne la connaissez pas encore, je pousse ma bonne volonté à vous la présenter. C’est un chef-d’œuvre, une pièce de musée, et pas n’importe lequel, celui des ânes volants dont les crottes sont soigneusement conservées et honorées.

Une attestation sur l’honneur, on vous dit, en vous informant que vous demandez une dérogation pour délivrance de médicaments nécessaire pour votre séjour à l’étranger. Comme si je dérogeais, comme si mes petits comprimés devaient présenter un passeport pour passer la frontière, comme si j’avais pour mission de me lancer dans un ignoble trafic d’aspirine, et autres petits bonbons médicalisés.
Après cette mise en garde envers le présumé délinquant, l’excuse mal torchée : « si vous êtes susceptible de rencontrer des difficultés pour obtenir votre traitement dans le pays de séjour. » Mais, bougre d’ânes rouges, si je prends des médicaments avec moi, c’est que je me moque des difficultés en question, que je m’en accommode, que je me prépare, que je prends les bonnes dispositions et des précautions.
Et si tel n’était pas le cas, si je me trouvais à cours de traitement en cours de voyage, dois-je imaginer qu’un appel au rédacteur ou au distributeur de cet papelard réglerait quoi que ce soit ?
Là, moi je rêve, et les rédacteurs de ce PQ, eux, devaient fumer la moquette du burlingue.
De plus, c’est donc une attestation sur l’honneur qui dépend d’une condition sur laquelle je n’ai aucun pouvoir ni aucune connaissance. Ça c’est de la logique enfumée de ponctionnaires – je leur refuse le f que ces gribouilleurs ne méritent pas.
Mais ils sont têtus. Ils osent tout, audiardement tout. L’assuré, le bénéficiaire, doit répondre à cette enquête de basse police pharmaceutique. Et où je vais, et pour combien de temps, et quand je reviens, et pourquoi ? Le potard aussi doit y mettre sa griffe, comment s’appelle son officine, quel est son numéro d’identification.
Ah ! J’oubliais la date d’envoi de la demande d’accord préalable à la CPAM 75, obligatoire si le séjour va de 3 à 6 mois. Et alors, si j’ai envie de rester 3 mois moins un jour, ou six mois et trois jours, on m’attend avec des menottes au retour ?
Enfin, en petits caractères la griffe de Max-la-Menace : « la loi rend passible d’une amende de 5000 euros… »
Alors, réfléchissez bien, chers compatriotes ! Réfléchissez à l’ineptie de ce torche-quelque chose. Qu’est une attestation sur l’honneur, sinon l’assurance qu’aucune vérification de ce que vous déclarez ne sera faite. Ce qui annule toute valeur à une quelconque enquête ultérieure qu’un désœuvré anonyme imaginerait de lancer. Bref, c’est du vent, du vide et du néant.
Quant à l’honneur, il est bien asymétrique dans cette affaire. Où est l’honneur de nous suspecter de quelque trafic illicite ? Où est l’honneur d’emmerder le monde sous des prétextes mal définis ? Où est l’honneur de faire semblant de mériter son salaire à rajouter des tonnes de papiers qui finiront en cocottes pour éclopés professionnels ?
Et quand je pense à tout le temps passé en commissions multiples pour pondre cela, en validations de bureau en bureau, en signatures, tampons et autres gesticulations controversables, je me demande à quoi peuvent servir mes impôts… une fois de plus.
Là où l’on cultive les ennuis inutiles, il ne peut y avoir d’honneur.
Antoine Solmer

