
BROUTILLES ET ABROUTILLES
Ce 15 décembre 2020 nous sommes passés du confinement au couvre-feu. Les virus ne savent plus où donner la tête, ils refluent, la déroute est certaine, encore que… ils étaient bien pratiques pour enfermer sans le dire les fortes têtes et les gilets lumineux… tout en respectant les droits des dealers, de leurs clients, de leurs appuis militarisés qui ne se cachent même plus. Ainsi va la guerre présidentielle dont les divisions bureaucratiques activement mobilisées ont sorti une nouvelle arme de gros calibre : l’attestation obligatoire de dérogation entre 20 heures et 6 heures.
Mais un gros calibre en cache d’autres : les documents justificatifs du champ de l’exception. Comme il y a sept motifs d’exception, j’attendais des formulaires détaillés. Mais je n’en trouve que deux : celui établi par l’employeur nécessaire pour se rendre au travail, et celui nécessaire pour accompagner ses enfants à l’école. Bien entendu, ces morceaux de bravoure nécessitent coordonnées des établissements, cachets, signatures.
Mais pourquoi, deux seulement ? Dois-je comprendre que ça renâcle dans l’entrepont, qu’il y a de la mutinerie dans l’air ? Ou plus simplement de la surcharge cérébrale ? Car trois modèles de documents, cela nécessite bien des commissions, des courriers « sous couvert du supérieur hiérarchique », « d’amens » respectueux (ça tombe bien en cette période), et autres courbures d’échines sans lesquelles une longue carrière est impensable.
Pourtant, bien des questions se posent : qui validera les validants ? À qui les chefs d’établissements doivent-ils s’adresser ? Qui justifiera de la qualité d’accompagnant des « personnes en situation de handicap » (jargon technocratique pour handicapés) ? Qui validera le certificat du médecin affirmant que la consultation ne peut être assurée à distance ? Etc.
LE FOND DU DÉBAT
Encore, cela n’est-il que broutilles. La dernière exception concerne : « des déplacements brefs, dans un rayon maximal de 1 kilomètre autour du domicile pour les besoins des animaux de compagnie. » Ici, tout cafouille, tout tourne en pipi-caca, finalement ! Car les questions posées – si j’ose dire – sont glissantes et leurs réponses ne devront pas être torchées au hasard.
Se pose la question des constipations opiniâtres, des pipis surabondants nécessitant au moins une dizaine d’arbres (pour les messieurs), et plusieurs bonnes pelouses (pour les demoiselles). À quand le traitement anti-constipation obligatoire, le diurétique, la poche de rétention, le pressoir à abdomen récalcitrant ? Toute idée nouvelle sera la bienvenue.
Quoi qu’il en soit, la question du validateur de l’attestation dérogatoire se pose : qui y apposera sa griffe ?
Le premier à réagir est le général Marcel Nonosse dont les arguments sont mordants. Il souhaite que la dérogation établie pour ses troupes soit placée en tête de liste, en référence à sa représentation de meilleur ami de l’homme. Il craint par avance les os-tracismes que la relégation en dernière place de liste ne cache même pas. Il s’insurge contre la « brévitude » quasi royale imposée aux besoins de ses troupes. Il souligne que le repos du soldat ne doit pas s’exonérer d’une station aussi longue que nécessaire sur les feuillées, qu’il compare astucieusement aux feuillets administratifs incriminés.
Je rappelle que le général Marcel Nonosse est le fier descendant du célèbre Garatézosse qui accompagnait le général Cambronne à Waterloo, dont il a bien retenu la leçon de chose.
Il se tient prêt à tirer à boulets portants contre toute nouvelle provocation.

