
Mon petit doigt m’a dit que ces deux-là s’étaient lancé comme défi de montrer aux Français leur meilleur niveau de responsabilité politique.
Pour le président, c’est simple. Il accapare le micro pour présenter sa capacité inégalée – que dis-je… sa plus extrême capacité inégalée – à célébrer son festival de bureaucratie technocratique. Chacun trouvera dans ses journaux préférés le palmarès de la loufoquerie macronienne. Et comme il se plaît à pousser les feux de la machine, on pourrait craindre qu’elle explose un jour. Loi de thermodynamique vite démentie par…
La recette favorite de la cuisine sociale française :
Préchauffez le four avec quelques siècles d’un centralisme aussi aveugle qu’aveuglant, délirant chronique résistant aux meilleures psychothérapies. Embauchez quelques millions de bureaucrates attachés au fourneau. Pillez dans les champs sans vous gêner : le cochon de payant, la vache à lait automobiliste. Sortez de derrière les fagots un croquemitaine à roulettes, au choix, un méchant complotiste, un virus en balade, une banquise en chaleur, un ventilateur pour éolienne, un billet de banque empoisonné… Liste complémentaire à l’étude dans les meilleures boîtes de com’.
Attirez vos clients favoris. Une fournée de Français sélectionnés pour leur remarquable aptitude à rouspéter au bistro en grattant, cochant, cochonnant les billets du Loto, du Banco, du Black-Jack, de Goal, du Millionnaire, sans oublier le Morpion, les Mots Croisés, le Numéro Fétiche, le Pharaon, le Solitaire, etc. Une autre fournée remarquable par son acéphalie boboïque, version améliorée de la machine à Papy Guillotin auto-déclenchée. Puis une troupe de séniors, version quatrième ou cinquième âge, ehpadique ou presque, du genre « Touchez pas à ma soupe ! J’veux ma soupe, avec des croutons ». Faut dire, que les croutons, ça ne manque pas. Ça n’a jamais manqué.
Après le festin, faut se vider la panse. Aux urnes, citoyens ! Aux bulletins, dans l’ordre, prenez-les tous, faut qu’ça ait de la gueule, bien démocratique, bien comme il faut. La petite enveloppe grisâtre, anonyme. Pour une fois qu’une lettre anonyme est sanctifiée, faut pas se priver. Et c’est reparti pour élire les mêmes branquignoles… ou la version rafistolée. Après, on s’étonne que « ça » ne marche pas fort. Même pas besoin de tueurs à gages dans les isoloirs ! Nous sommes en démocratie, que diable !
Jusqu’à présent, le tableau faisait presque sérieux.
Mais le Rebeyrotte veillait. Il se devait de relancer les enchères, d’ouvrir son clapoir, et il l’a fait. Il aurait pu se trouver une idole quelconque, un Clemenceau un peu obsessionnel (Je fais la guerre… je fais la guerre… je fais la guerre), un Paul Ricœur, tropin tropant, hermeneutisant en diable, défenestrant la phénoménologie. Mais non ! Dépassé, enterré Papy Ricœur! Il fallait du sang neuf, bien vivant, bien disant, bien présentant, bien chantant.
Mlle Aya (comment elle s’appelle ?)[1] Nakamura ne doit pas en revenir. Elle réinvente la langue française, elle la fait vivre face à l’anglicisme menaçant, ça lui paraît remarquable, elle est formidable. Elle… le fait baver sous la muselière, le pauvre vieux, et peut-être plus… Faut dire que la Miss est plutôt canon, et que l’autre sur son banc, fait plutôt canard boiteux. Enfin, personne n’est parfait. Mais certains poussent le bouchon un peu loin. D’ailleurs il a un faux air de François Hollande. Apollon et Belvédère réunis, l’un sur son scooter, l’autre sur sa chaise en bois.
Si l’on avait senti un zeste d’humour au 32e degré, remarqué un clin d’œil narquois, ou tout autre signe d’intelligence (je veux dire de connivence), nous aurions pu savourer le spectacle. Mais non, rien de cela. Au contraire : la componction, le prêchi-prêcha du célébrant recueilli, l’accompagnement dans l’intime du roulement des mains, la pose assurée du petit professeur grenouille qui gonfle, qui gonfle, jusqu’à risquer l’expulsion de ses gros yeux ronds. La Fontaine, au secours ! Sartre, crapaudin germanopratin, te voilà pastiché, dévalué. Un coup à te filer la nausée, devant cet être touchant au néant. Réveille-toi, réveille Vladimir Illich, ils sont devenus fous.
Et tout ça se passe en commission des lois, à nos frais, pour se reposer des travaux d’extrême urgence : tricoter une loi sur les accents. Ubuesque ? Pire ! J’en connnais un qui doit bien rrrrigolller dans sa tommmbe. C’est l’Arrrthuur Connnte, l’anncien maireee de Salseeess, dans les Pyrennées orienntaalesss. À côté de lui, le braveee Lassaaaleee, il paarrle poinnntu. [2]
Je pense au précédent ambassadeur de Russie en France, M. Orlov, qui parle un français remarquable, l’a « appris » – peaufiné dans les chansons de Bécaud, d’Aznavour, Brel et autres grands des meilleures cuvées ! Je plains les futurs ambassadeurs qui suivraient sa technique. Du Nakamura dans le texte. Vous imaginez la conversation, en recevant leurs lettres de créance ? Je n’ose pas.
Alors, revenons au parrainage de Georges Brassens, encore un grand, qui chantait Les Trompettes de la renommée, si mal embouchées aujourd’hui encore. Si le cœur vous en dit :
Ils vivaient dans le luxe de la bonne République
Ramassant au passage le maximum de fric
Les pattes accrochées sur leurs damnés perchoirs
Se permettant en plus d’ouvrir leurs grands clapoirs
Ils prenaient de grands airs ces petits m’as-tu-vu
Qui méritaient d’abord trois bons coups d’pied au cul
Mais moi j’ai le bourdon j’attends qu’on sonne les cloches
Et qu’on nous restitue ce qui vient de nos poches
Trompettes de la renommée
Vous êtes bien mal embouchées
Mais qu’ils ne prennent pas peur, faut pas qu’on les enterre
Ils sont plutôt marrants d’exposer leurs derrières
Qu’ils tiennent encore un peu leurs drôles de position
Qu’on les donne en exemple aux jeunes générations
Tant va la cruche à l’eau, qu’un jour elle doit casser
Moi j’aimerais bien voir ça avant de trépasser
Bien sûr qu’un jour ou l’autre, s’ils nous brisent trop les burnes
Faudra les renverser en même temps que les urnes.
Trompettes de la renommée
Vous êtes bien mal embouchées
C’lui qui s’remue sans cesse à croire qu’il a des puces
C’est un fichu guerrier qui combat le virus
Mais pas au révolver c’est pas son ambition
Il préfère nous faire chier à coup d’attestations
Jupiter il se croit d’agir si finement
De nous contraindre partout en roi des con finements
Comme un bandit de film il avance masqué
Mais attends mon p’tit gars, un jour tu vas casquer
Trompettes de la renommée
Vous êtes bien mal embouchées
Au rendez-vous des ploucs il y a la concurrence
Des rats dans un fromage qui sent tellement le rance
Et qui tirent la langue quand chante une bergère
Pauvres petits biquets aguichés par ses airs
Le plus vicelard de tous balance sa tirade
T’illusionne pas mon gars, reste dans ta panade
La minette est au top c’est un sacré calibre
Tu peux t’époumoner y’aura rien pour ton chibre
Trompettes de la renommée
Vous êtes bien mal embouchées
[1] https://www.valeursactuelles.com/politique/video-un-depute-lrem-trouve-remarquable-quaya-nakamura-reinvente-des-expressions-francaises-125873
[2] https://video-streaming.orange.fr/actu-politique/allocution-arthur-conte-CNT000001e9uAm.html

