Le Serpent, le Vendéen et le Pharmakon : Macron, Retailleau, et le réveil de la France

Je reprends ce jour le dernier éditorial de Charles Villeneuve, publié sur Le droit de comprendre, du 27 mai 2025 à 13h03.

Pourquoi ce choix ? Deux raisons fondamentales. La première est la notion toujours oubliée du pharmakon. À courte vue, on dirait une discussion entre médecins et pharmaciens. Certes, les Grecs l’ont développé en ce sens, mais l’ont dépassé, comme l’avaient fait les Amérindiens de la région de San Agustin en Colombie, où j’ai passé par deux fois, des moments merveilleux. L’endroit était peu facile d’accès, dangereux, et la solitude était due autant au manque bienheureux de « touristes professionnels » qu’au risque des guerilleros dont les trois ou quatre gardes de service nous auraient peut-être protégés, vaille que vaille. Bref, une idée du pharmakon appliquée, depuis cette lointaine pensée grecque et amérindienne, autant à la médecine qu’à chacune de nos décisions et de nos situations.

La seconde raison est justement que, dans ce texte, il y a l’émergence d’une raison, à savoir d’une mise en balance de deux contraires… à condition que ces deux contraires le soient vraiment, donc parfaitement inconciliables de façon parfaitement irrémédiable. Bref que le moteur à rouler les Français dans la farine ne s’emballe pas, et que ceux-ci sachent le mettre au rebut pour sauter sur une occasion qui ne se reproduirait pas deux fois.

Il faut bien comprendre que la France n’a plus beaucoup de chance devant elle, et que, de toute façon, islamisme ou pas, elle devra compter avec la religion musulmane. Autrement dit, il faudra « sauver les meubles ». Cela ne pourra se faire tranquillement qu’à condition de sortir de cette UE qui a volé le nom Europe et ne s’en sert que comme cache-sexe devant sa vérole. Il y a d’autres conditions dont je reparlerai.

Effectivement, le choix possible de Retailleau devrait s’imposer. Dommage pour Philippot et Asselineau, les deux seuls « frexitants ». Je laisse de côté Zemmour qui a tout loupé en géopolitique, Marine le Pen qui serpente à gauche, et le reste des velléitaires, animaux de compagnie, et autres gauchos, gauchistes, gauchards et macronards associés, dont un pays vivant et équilibré aurait dû se débarrasser depuis longtemps.

Il est temps de passer la parole « écrite » à Charles Villeneuve.

Antoine Solmer

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Au XVIe siècle, le tabac divisait l’Europe. Pour les uns, c’était un poison, une herbe maudite qui corrompait les âmes et les corps. Pour les autres, un remède miracle, capable de soigner les maux et d’apaiser les esprits. Les Grecs avaient un mot pour cela : pharmakon, à la fois poison et remède, tout dépendant du dosage. En politique, les leaders sont des pharmakons. Trop de charme, et l’ivresse devient toxique. Trop de rigueur, et l’austérité repousse. Emmanuel Macron et Bruno Retailleau, chacun à sa manière, incarnent ce paradoxe. Mais là où l’un endort pour mieux égarer, l’autre réveille pour guider.

Macron, c’est le serpent du Livre de la Jungle, ce Kaa aux spirales hypnotiques qui fascine Mowgli avant de l’enserrer. Depuis 2017, il charme la France avec ses discours d’amour, ses envolées sur l’Europe et la « transformation ». Ses mots, comme des volutes de tabac, enivrent. Mais le réveil est douloureux. Les promesses s’effilochent – retraites inabouties, insécurité galopante, industrie en berne – et l’ivresse laisse place à une gueule de bois nationale. Macron, pharmakon mal dosé, est un poison déguisé en remède. Son éclat cache un vide, celui d’un homme plus à l’aise dans les projecteurs que dans le réel.

Et puis, il y a Bruno Retailleau. Pas de charme suave, pas de spirales dans ses yeux sombres.

À 64 ans, le Vendéen, élu à la tête des Républicains avec 74,31 % des voix ce 18 mai 2025, est un remède d’un autre genre. Austère, presque monacal, il ne séduit pas ; il convainc.

Il parle peu, mais quand il parle, on l’écoute.

Il parle vrai, aux Français qui veulent des réponses claires. Retailleau ne promet pas la lune ; il promet du courage. Et dans une France désabusée, son austérité, bien dosée, devient un remède miracle : celui de la vérité.

L’Homme et sa sincérité

Retailleau, c’est un homme de racines. Né à Cholet, grandi à Saint-Malô-du-Bois, il porte la Vendée comme une seconde peau. Cette terre de bocages, marquée par la foi, le labeur et la révolte, a forgé son caractère.

Pas de lyrisme chez lui, mais une droiture qui détonne dans le marigot politique. Ses mots sont pesés, ses convictions chevillées au corps. Quand il parle de mérite, de famille ou de travail, ce n’est pas pour cocher une case électorale : c’est parce qu’il y croit. Profondément. Catholique assumé, père de famille discret, il incarne une France qui ne se pavane pas, mais qui se lève tôt et serre les dents.

Cette sincérité le distingue de ses prédécesseurs à la tête de LR. Nicolas Sarkozy, tout en énergie, promettait la rupture, mais s’est perdu dans les ors de l’Élysée.

François Fillon, rigoureux en façade, a été englouti par les affaires. Laurent Wauquiez, tacticien ambitieux, a voulu surfer sur toutes les vagues sans jamais fixer son cap. Retailleau, lui, ne surfe pas. Il trace. Ses convictions – souveraineté, identité, autorité – ne sont pas des postures. Elles sont le fruit d’une vie, d’une histoire, d’une terre. Là où ses prédécesseurs cherchaient parfois à plaire, lui préfère dire la vérité, quitte à déplaire. Et c’est ce qui fait sa force.

Un contraste avec Macron

Macron, c’est le théâtre ; Retailleau, c’est le granit. Le premier excelle dans l’art de l’esquive, drapant ses reculades dans des discours fleuris. Le second va droit au but, sans fard. Macron promet de réconcilier les Français ; Retailleau leur dit qu’il faudra choisir – entre l’ordre et le chaos, entre la nation et la dilution. Là où Macron hypnotise, Retailleau réveille. Macron empoisonne par excès de charme ; Retailleau apaise par sa retenue. La France, groggy après huit ans de promesses non tenues, semble prête à écouter cet homme qui ne ment pas.

Car c’est bien là la différence : Retailleau ne ment pas. Quand il parle de la crise migratoire, de l’insécurité ou de la désindustrialisation, il ne cherche pas à arrondir les angles. Il nomme les choses, avec cette gravité vendéenne. Ses détracteurs le disent austère, presque rigide. Mais dans une époque où les mots ont perdu leur poids, cette austérité devient un remède. Les Français ne veulent plus de mirages ; ils veulent du solide. Et Retailleau, avec son allure de professeur de province et son débit mesuré, leur offre cela : une vérité sans artifice.

Les racines vendéennes, gage d’assurance

Ce qui rassure chez Retailleau, c’est d’abord sa Vendée. Cette région, où l’on ne plie pas facilement, lui a appris la résilience. Les guerres de Vendée, dont il connaît chaque chapitre, ne sont pas pour lui un folklore.Cette histoire, il la porte sans ostentation, mais elle guide ses combats – pour une France qui ne renie ni son passé ni ses valeurs.

Son attachement au mérite est tout aussi vendéen. En Vendée, on ne réussit pas par hasard : on travaille, on persévère. Retailleau, fils d’un employé de banque et d’une mère au foyer, n’a jamais oublié d’où il vient. Sa carrière – Sciences Po, le Sénat, la présidence de LR – n’est pas celle d’un héritier, mais d’un homme qui a gravi les échelons par l’effort. Quand il parle de récompenser le travail, il sait de quoi il parle. Et les Français, lassés des privilèges et des passe-droits, entendent ce discours.

La famille, enfin, est au cœur de son univers. Pas la famille recomposée des plateaux télé, mais celle des dimanches à la campagne, des valeurs transmises, des liens qui tiennent face aux tempêtes. Retailleau n’en fait pas un slogan ; il l’incarne. Et dans une France fracturée, où l’individualisme a érodé les solidarités, cet ancrage rassure.Il dit : « Nous ne sommes pas seuls, nous sommes un peuple, une histoire, une communauté. »

L’Homme qui parlait au peuple

Bruno Retailleau n’est pas un tribun. Il ne soulèvera pas les foules comme un Mélenchon ou un Sarkozy. Mais il parle à ceux que l’on n’entend plus : les artisans, les agriculteurs, les classes moyennes qui se sentent abandonnées. Il leur parle de ce qu’ils connaissent – le travail, la sécurité, l’éducation – sans leur vendre des rêves impossibles. Et c’est peut-être là sa plus grande force : il ne cherche pas à être aimé, mais à être cru.

Face au serpent Macron, dont le charme s’épuise, Retailleau est une boussole. Austère, oui, mais d’une austérité qui apaise. Sincère, d’une sincérité qui oblige. Honnête, dans un monde où l’honnêteté est devenue un luxe. La France se réveillera-t-elle à son appel ? Une chose est sûre : avec Retailleau, elle sait à quoi s’attendre. Et dans les temps qui viennent, ce n’est pas un mince atout.

Charles Villeneuve.