DEUX IGNOMINIES : UNE MÊME GAUCHE

PREMIÈRE IGNOMINIE

Nous apprenons, après quelques bruits de couloir – mais de quelle pièce donnant sur le couloir parlons-nous ? – que « Ce lundi, Gérald Darmanin a annoncé saisir le procureur de la République et demander à ses services « d’instruire la dissolution de Civitas« , après des « propos ignominieux » tenus par Pierre Hillard, essayiste controversé, lors des universités d’été de l’organisation catholique intégriste. [1]»

Cette pré-condamnation qui en annonce d’autres, est précédée par une phrase cataloguable comme « valeur de la République » : « L’antisémitisme n’a pas sa place dans notre pays. » Je l’admets. Moi non plus, je ne supporte par l’antisémitisme quels que soient les canaux par lesquels il se distribue, y compris ceux qui apparaissent un peu plus bronzés que celui de Pierre Hillard. Je ne le répèterai jamais assez, l’antisémitisme me révulse, comme d’ailleurs toute position exacerbée comme le gauchisme, les Antifas, et autres groupuscules gauchistes, écolo-gauchistes et islamo-gauchistes dont l’attraction vers l’antisémitisme ne peut être niée. Quant au mélenchonisme à mémoire défaillante, que vaut sa diatribe accusatrice, alors ? Qui a refusé de lever une oreille puis une parole pour condamner les insultes antisémites contre Alain Finkielkraut ?

En réalité, tout cela sent la combinaison à plein nez, principalement de la narine gauche. Comme toujours, la Gauche à la manœuvre pour casser les fondements d’un pays trop « franchouillard » à son goût. Ah ! Ce regret éternel de la guillotine chez ces donneurs de leçons de fraternité ! Surtout d’une guillotine préalable à tout jugement, sinon celui des copains maquillés de le même confiture.

Cela dit, les propos de Pierre Hillard manquent de finesse en ces temps de préparation de guerre civile où, même évoquer des faits historiques désagréables pour certains devient taxable d’antisémitisme. Ce positionnement ministériel, bien partagé par ceux qui fondent leur commerce sur l’antisémitisme hystérique n’a peut-être pas de valeur légale rigide, mais en tout cas n’est qu’un révisionnisme de circonstances et de « lèchebottisme ». Voilà qui n’est pas glorieux.

Alors, il faut en revenir aux faits historiques. Oui, les Juifs (avec une majuscule pour évoquer l’appartenance à une communauté et non une religion), oui, les Juifs n’ont pas été très bien accueillis, ni même compris, surtout quand ils étaient « pour la plupart regroupés en communautés compactes, sinon homogènes, dans des quartiers appelés ghettos.[1]». Cette citation est extraite d’un article de Thierry Lentz, spécialiste de l’histoire napoléonienne, et peu suspect de tout antisémitisme : c’est un historien réputé.

Je me permets de rajouter, toujours en suivant Thierry Lentz :

« On peut dire que, sur les questions touchant à la religion du Livre et à ses communautés, l’empereur raisonna avant tout sous l’angle pour lui essentiel de l’ordre public : compte tenu du nombre et de l’implantation des communautés juives, il s’agissait en effet de questions circonscrites, presque marginales, mais il ne tolérait aucune entorse à ses principes d’organisation de la société autour de l’État. Contrairement à ce qu’ont pu laisser penser certains historiens de la question, l’empereur ne se levait pas chaque matin en se demandant comment il allait pouvoir “ faire du mal” à une communauté qui, au fond, ne présentait ni un grand danger ni une question insurmontable pour l’Empire. Si son désir fut de rationaliser l’émancipation proclamée par la Révolution et de la transformer en assimilation, il voulut surtout mettre fin aux difficultés, vraies ou supposées, qui opposaient les communautés et le reste de la société, dans le sens des mesures prises sous Louis XVI et ses successeurs révolutionnaires. »

Et pour enfoncer le clou dans les parties grasses de nos si bons révolutionnaires :

« Malgré leurs professions de foi, les hommes de l’an II se montrèrent au fond hostiles aux juifs et pas seulement en conséquence de sentiments anti-religieux : confiscation de l’argenterie de nombreuses synagogues, autodafés en Alsace, destruction de lieux de cultes dans l’Est, etc. »

Lisez bien et retenez. Nos braves citoyens n’avaient pas besoin de se barricader derrière des lois contre l’antisémitisme : ils le pratiquaient gaillardement, et non pas en phrases maladroites, mais en actes ! Sans oublier ceux qui préparaient un pogrom mâtiné de récupération financière et d’accusations de « déicides ». Évidemment ce n’était pas beau !

Bref, le mélange de la cupidité, de l’ignorance poussée à la bêtise crasse, et à la violence inhérente à ces mélanges explosifs.

Reprenons la lecture de Thierry Lentz : Napoléon fit convoquer à Paris une assemblée de notables.

« Cette assemblée « laïque » de cent-onze délégués désignés par les préfets après consultation des communautés se mit au travail dans les semaines suivantes, sous la présidence du Bordelais Abraham Furtado. Elle allait se séparer en avril 1807. Elle dut répondre à une série de questions précises destinées à établir les éléments communs entre les diverses communautés comme : est-il licite aux juifs d’épouser plusieurs femmes ? sont-ils hostiles aux mariages mixtes ? pensent-ils qu’ils doivent défendre la France, leur patrie ? etc.. La simple lecture des questions montre qu’au fond, les gouvernants savaient bien peu de choses des juifs et de leurs traditions, remarque que nous avons déjà faite au sujet des protestants. Ni Napoléon, ni Molé, ni les autres n’avaient la moindre connaissance de ce qu’était le Talmud. Le rapport remis à l’empereur par Molé, Pasquier et Portalis-fils lui permit au moins d’avancer dans sa connaissance du problème. Au même moment, la publication à Paris de Quelques observations concernant les Juifs en général et particulièrement ceux d’Alsace, d’un dénommé Poujol, défavorable aux juifs, fut interdite. »

La lecture d’un tel historien est passionnante, presque rafraîchissante, pourrions-nous dire, en évacuant la bêtise et le tragique d’une telle difficulté de relations entre communautés. Et, en toute honnêteté, je ne suis pas là pour accuser les uns de diableries et les autres de sainteté, ayant tendance à penser que ces « valeurs humaines », se partagent assez bien de part et d’autre. Mais franchement, c’est vers l’hypocrisie et la haine que se déverse mon mépris.

Mais aussi vers la bêtise – si confirmée – de la déclaration de Pierre Hillard, la seule que j’aie à ma disposition. Et je suis bien confiant en la préparation intellectuelle de ceux qui en ont extrait un morceau, et en leur capacité de nuisance professionnelle. Car, n’ayant pas le texte entier, je me garde de tout jugement automatique, laissant cela aux décérébrés de service.

Antoine Solmer

[1] https://www.bfmtv.com/police-justice/gerald-darmanin-demande-la-dissolution-du-parti-d-extreme-droite-civitas_AN-202308070388.html

[2] https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/41371/

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