DES VESSIES, DES LANTERNES ET DES BALLONS

Baaallons, chantait Gilbert Bécaud. C’était chouette un marchand de ballons comme ça. Mais c’était en 1955. Étrange année qui voyait l’ouverture du premier Disneyland, celui du temps du grand Walt. Ça a beaucoup changé depuis. Au point que Mickey se bouche les oreilles, que Blanche-Neige s’en veut d’être si blanche et que… et que…

Mais revenons au sujet du jour : les ballons de ces drôles de marchands qui les dégomment avec des fléchettes nouveau modèle taillées en forme de missiles. Des « missiles dominici » en quelque sorte. Un truc à cheval entre les envoyés de Charlemagne et le vieux Dominici de la Grand’ Terre à Lurs qui fut soupçonné… et plus que ça… d’avoir envoyé ad patres la famille Drummond. Bref, osons un lien douteux mais parlant : une histoire trouble partagée entre l’empire de la mare au canards et le patriarche aux moustaches que Jean Gabin incarna si bien.

Allons au fond des choses le vieux Gaston avec sa carabine de guerre US M1 calibre 30 me paraît plus clair que le Biden de service avec ses missiles. Parce que, lui, au moins, n’a pas vu des espions partout, quoi qu’on en ait dit à l’époque. Alors qu’aujourd’hui…

Donc, version officielles : des ballons espions chinois. Circulez, y’a rien à voir, sauf des lambeaux de draps de lit. Alors la machine à faire dérailler les ballons se met en branle. Oui, ce sont des espions. D’ailleurs ils ont franchi les frontières, et par-dessus le Canada, honte à eux. Trudeau fait les gros yeux. Nos experts expliquent le pourquoi du comment, que les ballons sont une nouvelle arme, que quand on est plus haut on voit mieux. Sauf les bigleux, qu’ont pas d’bons yeux, aurait chanté Brassens.

Et les Chinois dans l’affaire ? On ne sait s’ils se fâchent ou s’ils se marrent. Quand les gros bras US ont dit « go ! » à leurs tireurs, les Chinois avaient déjà avancé leurs pions au jeu… de go, bien sûr.

Mais je n’y connais rien, direz-vous ! Exact, c’est pourquoi je me suis documenté auprès d’un spécialiste, un nommé Jean-François Geneste qui, entre la poire et le fromage, s’amuse à être le PDG de la société WARPA (World Advance Research Project Agency) qui lance des projets dans la stratosphère. Avant, il était directeur scientifique d’Airbus Group. Bref quelqu’un qui a la tête en l’air, mais pour de bon.

Et savez-vous ce qu’il dit, ce bon monsieur, en recopiant presque Fernand Raynaud ? « Y’a comme un défaut » ! La version américaine d’un « ballon espion » n’est pas crédible. C’est qu’il sait de quoi il parle et qu’il nous en donne les fondamentaux dans un papier de France-Soir du 7 février dernier.

Il fait joujou avec la traînée d’un corps dans l’air, en tenant compte de son volume, de son coefficient de traînée, de la densité de l’air, donc de l’altitude. Il nous démontre aussi les forces liées au vent entraînent d’autres contraintes, qu’une motorisation spéciale aurait été nécessaire et qu’il n’y en a pas trace, etc.

Que les plus curieux et plus férus en physique des hautes altitudes lisent l’article en question. Sur ce point je ne contredirai personne.

Mais où je me fais l’effet de valoir un peu plus qu’une demi-nouille, c’est qu’une étrange idée m’avait chatouillé les neurones : et si l’altitude jouait là-dedans un rôle un peu plus que physique ? Un rôle aussi commercial que stratégique ? Et pourquoi pas me répond – je me flatte – monsieur Geneste !

« La violation de l’espace américain ? Cela dépend de l’altitude du ballon. « En gros, entre zéro et 18 km, le ciel est national. Au-dessus, en aucun cas. Or, nous n’avons pas eu de précision sur l’altitude exacte de vol. » Et plus loin, il ajoute : « cette affaire met en lumière une question sous-jacente et très politique qui est la volonté de certains acteurs de réguler les altitudes entre 18 et 160 km, en s’inspirant du droit de la mer. »

Voilà ! Maintenant tout est clair : c’est brouillé d’avance et pour longtemps. « Éteignez vos postes de télévision » nous conseille-t-il en fin d’article, en visant des « officiers de plateau ».

J’ai l’impression qu’on rejoue une covid party.

Ah ! Ces Amerloques sont vraiment de grands enfants.

J’oubliais ! À tout ce tintouin je préfère Le Ballon rouge, d’Albert Lamorisse. Je vous laisse, je vais revoir ce film.

Antoine Solmer

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