
« La beauté sauvera le monde ». Telle est l’affirmation du prince Mychkine dans L’Idiot de Dostoïevski. Je n’écrirai pas un long article sur l’essence profonde de cette affirmation qui touche au salut de l’âme, et nous ramènerait vers l’indispensable Platon. Vingt pages n’y suffiraient pas. Car entre sauver le monde physique des hommes, tâche impossible et sauver la planète des perroquets verts et rouges, il n’y a que vertige de la bêtise couplée à l’incandescence de l’orgueil.
Ce jour, j’écris simplement, je réécris à ma façon : « la beauté sauvera le monde » en posant cette phrase comme un outil de travail pour rééquilibrer ce monde fragile de notre propre sens de la beauté.
Rééquilibrer, ou plutôt contrebalancer, c’est redonner du poids sur le deuxième plateau de la balance pervertie par ceux qui pèsent de toutes leurs forces sur le premier. Il fut un temps où L’Aga Khan recevait chaque année son poids en or ou en diamants. Cette coutume a disparu, qu’elle fût bonne ou mauvaise. Elle a été remplacée par celle des dirigeants actuels dont le poids le plus lourd est celui de leurs laideurs : celles de leurs actions, celles de leurs mensonges, celles de leurs esprits, celles de leur tares psychologiques, jusqu’à celles de leurs émanations, allant jusqu’à utiliser la merde ou la mort comme leur meilleure relation aux pauvres citoyens que nous sommes. Et ce n’est pas la récente collusion macrono-zéleskienne qui nous fera changer d’avis, bien au contraire. Mais chacun y rajoutera ses propres exemples qui ne manquent pas, même aux niveaux inférieurs, ici ou ailleurs.
Alors, j’ai décidé d’investir dans le seul poids qui puisse ramener le fléau de cette balance en bonne place : le poids immatériel de la beauté, de la beauté sous toutes ses formes. Celui-là, nos zélotes de la laideur ne le connaissent pas, affairés qu’ils sont à patauger dans leur autre bauge.
La beauté est une idée, selon Platon, et même une des plus lumineuses. Mais une idée qui n’occuperait que l’univers et qui ne reviendrait vers nous resterait inutile. L’universel doit s’investir dans le singulier – chacun de nous – pour acquérir la double beauté du sentiment et de la force. La vraie beauté doit être utile à chacun, quelle que soit la parcelle qu’il en retire.
Je dis que la beauté est une force. Je l’affirmerai sans cesse, en me remémorant la sagesse ancienne largement partagée en territoire navajo :
« La beauté devant moi fasse que je marche
La beauté derrière moi fasse que je marche
La beauté au-dessous de moi fasse que je marche
La beauté au-dessus de moi fasse que je marche
La beauté tout autour de moi fasse que je marche. »
Ainsi la beauté est une force par laquelle nous avançons sur notre chemin et en nous-mêmes. Elle existe quelque part, devant nous, à nos côtés, au-dessus de nous, partout. Même si tout n’est pas beau, même si la laideur est monnaie courante, si fausse soit-elle, il existe quelques points de beauté inaccessibles à la marée montante des poubelles. C’est en ces points que nous retrouvons nos forces pour nous élever. Que ferons-nous de cette élévation ? Chacun possède sa réponse.
Il est parfois difficile, douloureux, épuisant de s’extraire du bourbier pour retrouver ou faire naître de la beauté.
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Aujourd’hui la vie et l’œuvre d’un merveilleux artiste disparu : à découvrir ou à redécouvrir.
Antoine Solmer

