LES TROIS TERRIBLES ERREURS D’ÉRIC ZEMMOUR ?

Éric Zemmour est vaincu mais non abattu. C’est arrivé aux plus grands, qui en ont acquis profondeur de pensée et épaisseur de cuir. Déjà qu’il n’en manque pas, rien n’est perdu. Je l’en félicite et m’en réjouis, moi qui l’ai soutenu, à mon petit niveau, distribuant des tracts sur les marchés, récoltant plus d’injures et d’insultes que de réconfort, m’attachant plus à celui-ci qu’à celles-là. Je l’ai soutenu, le soutiens et le soutiendrai, comme tant d’autres anonymes qui ont fait encore plus, parce que plus jeunes et plus toniques. Rendons-leur hommage et comptons sur leurs forces présentes et à venir.

Le sujet du jour risque de choquer. Mieux, je souhaite qu’il choque. Qu’il choque surtout Zemmour et ses adeptes, qu’il décille les regards, ébranle les pensées, et porte à la victoire… si possible.

Le titre « Les terribles erreurs d’Éric Zemmour ?» est réducteur, car des erreurs, il en fit  mais plus aisément réparables : elles nécessitent des amendements de présentation, non de fond. Telle est la question des prénoms, que je ne traiterai pas ici.

ERREUR N° 1 : LE RAPPORT À DE GAULLE ?

          UN PETIT JUIF BERBÈRE

Éric Zemmour nous a rappelé plusieurs fois qu’il était un « petit Juif berbère ». Il est tout à son honneur de ne pas renier ses origines ni de les cacher [1]. Nous comprenons bien qu’il désirait montrer son exemple d’assimilation familiale par amour et respect de la France. Certains l’ont suivi, et d’autres, plus nombreux, y ont été peu sensibles, ou opposants (témoignage personnel sur un marché à dominante arabe).

              SA NAISSANCE EN 1958 À MONTREUIL (DANS LE 93)

Né en France métropolitaine en 1958 de parents ayant quitté l’Algérie en 1952, personne de sa famille immédiate n’a connu directement, charnellement, les affres de cette « guerre d’Algérie » dont on cachait jusqu’à la dénomination. Admettons (sans y coire) qu’il en ait pris connaissance à 7 ans (âge de raison), soit en 1965, ou plus studieusement lors de ses études vers 1978-1980. À ce moment, le drame complémentaire de l’expatriation de Pieds-Noirs était sorti des mémoires.

Sur ce sujet, l’étude des documents s’efface devant la réalité vécue personnellement et charnellement, et « quelque chose » a manqué à Éric Zemmour.

          DE GAULLE : L’ IMAGE MAGNIFIÉE

Ainsi s’explique une image magnifiée « paternelle » conférée à de Gaulle. Éric Zemmour nous a suffisamment expliqué l’ambiance matriarcale de son éducation familiale et les déboires financiers de son père pour avancer sans risque d’erreur qu’il y a là matière à valider notre approche.

Bien entendu, ce n’est pas la seule cause, comme toujours. Mais elle est suffisante en première analyse de son erreur.

          RESTE À ESQUISSER EN QUELQUES LIGNES LE PERSONNAGE DE DE GAULLE

Cet homme fut une « bête politique ». Il eut une stature d’homme d’État. Reconnaissons-le ! Cela suffit-il ? Non ! Staline, entre autres, jouissait des mêmes qualités, et l’on a vu les résultats.

De Gaulle fut dominé par son intelligence (grande), sa mémoire (éléphantesque), mais aussi son mépris (dominateur, surtout envers ceux qui l’avaient aidé), et sa haine (viscérale) envers ceux qu’il écartait de son monde (tout ce qui était « colonial », et les Pieds-Noirs, surtout, qui avaient soutenu le général Giraud).

Pour le reste, il profita des « Trente Glorieuses » et du redressement concommitant de la France parmi les autres pays européens pour lancer des programmes qui, si politiquement exploités furent-ils, correspondent au « mimimum syndical » d’un chef d’État.

Enfin, si l’on considère bien les caractéristiques de son comportement politique national, il se fit une spécialité de diviser les Français, qui, depuis des siècles, s’entraînent si bien à ce sport. Faute politique majeure.

Ces vérités passent mal dans l’inconscient collectif des Français âgés. Quant aux plus jeunes, ils l’ignorent déjà. Un personnage décédé en 1970 fait pâle figure à côté du dernier rappeur à la mode.

ERREUR N° 2 : LA FRANCE IDÉALISÉE ?

          IMPOSSIBLE N’EST PAS FRANÇAIS

Éric Zemmour l’a suffisamment répété pour que je m’y hasarde à mon tour. Mais il faut préciser l’origine de cette phrase, telle que la cite Joseph Fouché dans ses Mémoires.

Il s’agissait de trouver un expédient pour ramener la Russie à une bonne entente diplomatique. On proposa à Napoléon d’user d’intrigues de courtisans et de femme galantes. Fouché trouva ce moyen ridicule et impossible.

« Quoi ! me dit l’empereur, c’est un vétéran de la révolution qui emprunte une expression si pusillanime! Ah monsieur ! est-ce à vous d’avancer qu’il est quelque chose d’impossible ! à vous qui, depuis quinze ans, avez vu se réaliser des événements qui, avec raison, pouvaient être jugés impossibles ? L’homme qui a vu Louis XVI baisser sa tête sous le fer d’un bourreau; qui a vu l’archiduchesse d’Autriche, reine de France, raccommoder ses bas et ses souliers en attendant l’échafaud ; celui enfin qui se voit ministre quand je suis empereur des Français, un tel homme devrait n’avoir jamais le mot impossible à la bouche. »

Et Fouché de poursuivre :

«  Je vis bien que je devais cette brusque sortie à ma censure du meurtre du duc d’Enghien, dont on n’avait pas manqué d’instruire l’empereur, et je lui répondis, sans me déconcerter: « En effet, j’aurais dû me rappeler que Votre Majesté nous a appris que le mot impossible n’est pas français [2]. »

Si bien que, selon ce texte, la version finale de la célèbre phrase serait de Fouché et non de Napoléon. Cependant, comme on ne prête qu’aux plus riches et aux plus puissants…

Si ces gloires nationales, irritent quelques historiens par certains côtés, retenons que Zemmour s’y réfère par l’espoir d’en retrouver la grandeur. Ne nous en plaignons pas !

        CERTES LA FRANCE FUT EN SON TEMPS LA PREMIÈRE PUISSANCE MONDIALE

Première puissance en population (hors la Russie et la Chine qui ne jouissaient pas des mêmes progrès technique). Première puissance économique (les USA étant encore « en voie de développement »). Première puissance militaire (les guerre napoléoniennes en furent la preuve, etc.). Cette situation (à la guerre de 1870 près) dura jusqu’en août 1914, et ne cessa de décliner.

Tant que la France tenait ce rang mondial, elle pouvait se permettre des erreurs, des retraites, et même des défaites partielles. Aujourd’hui, tout a changé. L’hexagone n’ose même plus se gratter là où cela lui fait mal (« quartiers », banlieues, « cités » et autres « territoires perdus de la République »).

Nous sommes sur le fil du rasoir.

        DÉFAILLANCES VITALES ET TENDANCES MORTIFÈRES

Faut-il revenir sur la démographie française basique ? Alignons les quelque 6 millions d’avortements dus à l’extension assassine de la loi Veil qui devait n’être que provisoire pour les situations de détresse ! Ajoutons l’immigration sous toutes ses formes (légale, illégale, incontrôlée, familiale). Regardons le séparatisme politique qui prolifère ! Apprécions le refus du réel, du remplacement de population dont seuls les faussaires professionnels ou délirants peuvent affirmer qu’il n’est pas « grand » !

Comprenons que les succès de Macron et de Mélenchon se rejoignent dans une volonté de faire disparaître la nation France, l’un dans une Union européenne et l’autre dans une extension nationale du « 93 » et saupoudrons l’ensemble des mesures de toutes les gauches confondues dont le seul espoir est de casser le pays avec ou sans révolution.

        LES FRACTURES PROFONDES RÉVÉLÉES PAR LE PREMIER TOUR

Les résultats du premier tour ont abouti à dessiner le profil de la France éclatée en trois populations :

Les vieux et les riches, symbolisés par les « bobos » (bourgeois bohêmes), internationalisés et financièrement exaspérants.

Les « périphériques » étudiés par Christophe Guilly, profondément enracinés, tout aussi profondément méprisés par les deux autres.

Les banlieues, multinationales, multiethniques, multireligieuses, multivitales à qui l’avenir de la libanisation tend ses bras.

ERREUR N° 3 : L’INTELLIGENCE DE SON PROGRAMME ?

Le programme d’Éric Zemmour n’est ni un saupoudrage de mesurettes sans queue ni tête, ni un délayage de formules creuses, incantatoires ou destructrices.

Le programme d’Éric Zemmour est vital, vivant, intelligent, indispensable. Quatre qualités insupportables tant aux bobos qu’aux « banlieues »… et pas toujours lisibles pour les « périphériques », surtout après le matraquage des journalistes « gauchos » et apparentés : ils ont nié l’intérêt de Zemmour pour le pouvoir d’achat alors que son programme regorge de mesures qui en témoignent.

A-t-on donné « de la confiture aux cochons » ? Je ne suis pas loin de le penser.

 CONCLUSION

Éric Zemmour a-t-il commis trois terribles erreurs ?

Non ! À quelques maladresses près, il a développé l’essentiel, il a dit et fait ce qu’il fallait, pour tenter de corriger les infernales erreurs de la Ve République, depuis son début.

7% ont sauvé leur honneur.

Mais dans ce pays mené par un vieil esprit brouillon et gauchi, déraciné par force, voulant « voter utile » (la grammaire en moins et la bêtise au front de veau en plus… pardon Baudelaire), abruti au journalisme de propagande, aussi faussement objectif qu’objectivement faux, pour ne citer que le trop fameux journal prétendu de référence, la tâche était ardue, pour ne pas dire impossible.

Et maintenant , en imaginant qu’il ne soit pas trop tard ?

La réponse est simple : continuer, raffermir les troupes… et se préparer au pire, si le meilleur du possible était refusé. Peut-être l’honneur imposera-t-il la lutte. Car l’esprit de Reconquête a pour ancêtre celui de reconquista, qui a demandé six siècles de combat à l’Espagne.

Si tel ne devait pas être le cas, c’est que la gangrène aurait été trop avancée.

Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Salement, honteusement mortelles, n’avait pas précisé Valéry.

Antoine Solmer

[1] Typographie précise (mais partielle)  : Juif (avec majuscule) lorsqu’on fait référence au groupe, à la culture, à la civilisation, mais juif (sans majuscule) lorsqu’on évoque la religion.

[2] Mémoires de Joseph Fouché, duc d’Otrante

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