RAPHAËL ENTHOVEN EST-IL DANGEREUX ?

RÉFLÉCHIS BIEN !
RÉFLÉCHIS BIEN !

Raphaël Enthoven, dans un récent article de L’Express nous indique par titre interposé une belle leçon de conduite : « Il faut se moquer des antivax, car ces gens-là sont dangereux. »[1]

Et pour bien rassurer le lectorat apeuré, le journaliste consciencieux précise que « Philippot, Rioufol, Villiers… Le philosophe déconstruit le discours des anti-passe sanitaire, et assure que “le vaccin de la rationalité est sans effet sur ces gens”. »

Dois-je oser la question à quelques euros ? Mais qui… sont ces gens-là ? Mais sur qui… le vaccin de la rationalité est-il sans effet ?

On se demande si quelqu’un, dans ces pages, ne flirte pas avec une plainte pour incitation à la haine envers quelqu’un qui… qui ne pas, qui pourrait… qui ne pourrait pas, etc.

Mais passons ! Nous sommes entre gens bien élevés. Je veux dire : ils sont entre gens bien élevés. Pas avec « ces gens… ». Alors nous – ils – sommes – sont – au-dessus de tout soupçon.

M. ENTHOVEN NOUS DONNE UNE LEÇON DE PHILOSOPHIE

Il est bien gentil, ce Monsieur de nous délivrer la bonne parole, de nous rappeler d’excellentes choses : que « la liberté s’arrête là où commence la liberté de l’autre », que « la limitation de la liberté est, sous certaines réserves, une condition de la liberté ».

Il nous amène à penser que la liberté totale de chacun nous ferait retourner à l’état de nature, à la loi du plus fort. Sans le savoir, il nous rappelle de lire La Fontaine et ses fables.

Il va même jusqu’à évoquer le « despotisme sournois » évoqué par Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique (le vrai titre). Ah, ce livre, je l’ai bien aimé, autant pour son regard acéré, que pour le plaisir de l’avoir acheté à Prague il y a bien des années, alors que la police des frontières nous obligeait à y changer plus d’argent irrécupérable que j’en avais besoin. Ah, la liberté obligée d’une époque où le petit Raphaël pissait encore dans ses langes. Mais le temps passe…

Et l’article aussi passe, vers une constatation de bonne volée : « les démocraties ont moins à craindre une destruction objective des libertés et un retour de la dictature, que le rongement des libertés sous l’effet de dispositifs insidieux (des nudges aux algorithmes) qui orientent nos choix sans les dicter, qui suggèrent nos achats sans les imposer, qui nous localisent, qui nous tracent, qui ordonnent nos souvenirs et classent nos opinions, qui parlent pour nous et qui devancent même nos associations d’idées… ».

Bravo ! Il a écrit une bonne copie, ce petit. En quelque sorte, il a dit que rien n’est parfait, et que la plus souhaitable et souhaitée des qualités ne saurait s’insérer harmonieusement dans le cours de nos vies sans un certain degré d’accommodement. Il aura une bonne note. Enfin, peut-être, car…

MAIS SUR QUELS EXEMPLES ?

Être philosophe, c’est bien, c’est raisonnable, c’est respectable, à condition de ne pas confondre les exemples qui servent d’armature au discours, ni de multiplier les impasses par lesquelles le prestidigitateur berne son public. Ainsi, mâcher et remâcher des mots guimauve comme antivax, définir les « anti-passe » par « le passe-temps des moutons », c’est confondre deux positions qui ne sont pas équivalentes. En quelque sorte, cette confusion ne peut être comprise que comme une méconnaissance totale de la question par M. Enthoven (une démonstration de ses propres confusions), ou (parce qu’il est intelligent) comme la volonté de brouiller les cartes pour berner le gogo. La sagesse populaire parle de torchons et de serviettes, d’autres, de généraux et de poètes. Trouvons d’autres images. Toutes montrent que certaines additions sont fautives dès le début. Quant à la suite du raisonnement… oublions-la !

Mais ça ne marche pas. C’est vraiment trop voyant. Pour être honnête, M. Enthoven, aurait dû préciser, entre autres, qu’il existe des gens opposés aux vaccins actuellement « vendus à force » et qui attendent des vaccins produits par d’autres méthodes.

Pour en rajouter dans l’honnêteté de philosophe qui doit définir ses objets, M. Enthoven aurait dû faire remarquer que le mot vaccin n’est pas adapté pour des produits qui diffèrent totalement par leur production de l’ensemble des vaccins utilisés dans le monde depuis des centaines d’années (celui contre la variole depuis plus encore. Voir mon article à ce sujet).

Et pour comble d’honnêteté intellectuelle, M. Enthoven aurait pu se demander pourquoi un vaccin français (un de ceux qui méritent le terme vaccin) a dû aller chercher de l’aide en Grande-Bretagne. Il aurait pu continuer sa liste de questions en se demandant si les voltes-faces incessantes qui « déboussolent » le peuple depuis deux ans n’ont pas quelque responsabilité dans ces manifestations. Il aurait pu poursuivre sur les incitations (de quel ordre ?) de Big Pharma : n’ont pas stimulé certaines décisions ? Il aurait pu dire… « bien des choses en somme », comme Cyrano le lançait au vicomte de Valvert.

ALORS, VOUS SAVEZ QUOI ? I AM NOT HAPPY

À bien y penser, la bonne note attendue me semble surfaite. Au point de devoir l’oublier.

Pire, cet article me laisse une impression de malaise. Ce qui aurait pu donner lieu à une gentille disgression de fin de repas, reste sur l’estomac. Trop gros, trop gras, trop lourd. M’attendant à un feu d’artifice d’esprit français, j’eusse volontiers payé mon écot. Recevant une pénible tambouille mal cuite, je me demande pour quel service ce marmiton fut embauché. Souffrez qu’ainsi, je quitte la table.

Cela, c’est la liberté. La mienne. Finalement, la philo, c’est simple.

[1] https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/raphael-enthoven-il-faut-se-moquer-des-antivax-car-ces-gens-la-sont-dangereux_2156626.html

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