LE CHANCELLOR : UNE ŒUVRE À MÉDITER

LE RADEAU DU CHANCELLOR
LE RADEAU DU CHANCELLOR

ADMIRATION DE JULES VERNE

Je donne tout l’œuvre de Jules Verne pour un seul de ses livres : Le Chancellor. Il y a des années, plutôt lointaines, je lisais avec émerveillement « les » Jules Verne, dans la bonne vieille Bibliothèque verte. J’ai parcouru l’Afrique en Cinq Semaines en ballon, visité Le Phare du bout du monde, sauvé la veuve du rajah avec Phileas Fogg, voyagé De la Terre à la Lune, avant même d’y retourner avec Tintin et le capitaine Haddock, etc. Une vie d’aventures bien remplie. J’étais tellement immergé dans sa littérature, qu’ayant lu, adolescent, L’Étrange aventure de la mission Barsac, je me rendis compte que quelque chose n’allait pas. En fait, ce roman n’est pas de Jules Verne, mais une version reprise par son fils Michel. Je devais le savoir bien plus tard.

Des années après je me suis intéressé à la vie de l’écrivain, à ses propres voyages sur son Saint-Michel (en fait il y eut trois bateaux portant ce nom), visité le cirque d’Amiens et apprécié l’une de ses maximes, portant sur la gloriole de certains membres d’associations quémandeuses de subvention : « Si ça continue, il y aura dans ce pays bien plus de présidents que de présidés. »

Dans l’immensité de son œuvre, j’avais négligé Le Chancellor. Pour mieux dire, j’en avais été protégé jusqu’à une date récente.

LE CHANCELLOR : LE DIAMANT NOIR DE JULES VERNE

Si vous n’avez qu’un livre de Jules Verne à lire, précipitez-vous sur Le Chancellor. Ou plutôt, inutile de vous y précipiter, réveillez-vous, car vous y êtes déjà.

Le Chancellor est le nom de ce « beau trois-mâts carré de neuf cents tonneaux… navire de deux ans, doublé et chevillé en cuivre, bordé en bois de teck, et dont les bas mâts, sauf l’artimon, sont en fer, ainsi que le gréement. » Il « accomplit en ce moment son troisième voyage entre Charleston et Liverpool. »

Le seul problème, est que si beau navire n’atteindra jamais son but. Un négociant cupide – un hypercapitaliste libertaire ? – a entassé dans les cales une cargaison de coton. « … ces balles, dont le tassement a été obtenu au moyen de crics, ne forment plus qu’une masse extrêmement compacte. »

Alors que tout allait bien à bord, l’atmosphère change : « Les conciliabules des matelots, leur air inquiet, les paroles d’Owen, [le matelot qui déclare “chacun pour soi”], l’arrosage du pont, que l’on veut maintenir dans un état permanent d’humidité, et enfin cette chaleur qui se répand déjà dans le carré et qui devient presque intolérable. » Le feu est à bord. En cause, la combustion spontanée du coton transporté trop humide.

La suite sera un long voyage vers l’enfer, l’incendie, la perte du navire, la construction d’un radeau de fortune, la lâcheté montante, la perversité dévoilée, les morts par épuisement ou par brutalités, la putréfaction des chairs, le cannibalisme, la noirceur de l’humain portant vers la déchéance et l’abandon.

Les survivants seront sauvés par une surprise hydrographique : ils ont été portés vers « l’Amazone, le seul fleuve qui ait un courant assez fort pour dessaler l’Océan jusqu’à vingt milles de son embouchure ! »

« De trente-deux embarqués à Charleston, soit neuf passagers et vingt-trois marins, il ne reste que cinq passagers et six marins – en tout, onze. Ce sont les seuls survivants du Chancellor. »

Jules Verne a écrit ce conte en 1874 au présent de l’indicatif, comme journal de bord d’un passager. L’image du radeau de La Méduse (1816) et les atrocités pendant La Commune, ne peuvent qu’avoir marqué notre grand écrivain national.

NOTRE CHANCELLOR

Aujourd’hui, nous sommes embarqués sur Le Chancellor. Le navire a le feu dans ses cales. Il ne transporte pas des balles de coton, mais une bureaucratie mortifère, une justice déliquescente, une Éducation nationale adepte de l’Éradication neuronale, une police débordée bien que débordante, une floraison de zones sensibles, délicates, ZAC, et ZUT, de droit variable, un gouvernement aux abois, un fisc imposant, taxant à merveille, une immigration vorace, aspirante et aspirée, une faillite des auto-proclamées « élites », un « sentiment d’insécurité » proclamé haut et faible, un islamo-gauchisme promis à un bel avenir, une population annihilée, shootée au gaz carbonique respiré avec volupté dans ses masques, en plein silence des écolos gauche pastèque et autres exemples au choix dans le grand catalogue de la débâcle.

Pour finir, « notre Chancellor » a pour capitaine le maître des horloges, du temps, celui de la montre et de la météo, des compas, des astrolabes, des sextants et autres GPS. Et il est, en même temps, le marchand de coton frelaté et babioles en tout genre.

Mais rassurez-vous, l’euthanasie sera bientôt libre, gratuite… et obligatoire. Les euthanasodromes seront prêts à temps, celui décidé par nos bons maîtres.

Au cimetière de la Madeleine, à Amiens, Jules Verne statufié est à mi-tombeau et tend le bras. Ce n’est pas pour un adieu, mais pour un « à bientôt ».

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