LA LÉGITIMITÉ RÉELLE EN DÉMOCRATIE

ABSTENTION
ABSTENTION

PETIT TOUR DE CUISINE

Demain 20 juin les bureaux de vote ouvriront pour cette première journée d’élections. Des sondages prévoient une bonne quantité d’abstention, et c’est parfaitement possible. Soyons sûrs que quelques journalistes attardés – mais si, il y en a – ouvriront leur vieille armoire à clichés et ressortiront les pêcheurs à la ligne… que la saison soit ouverte ou pas. Un cliché n’a pas à s’encombrer de réalité.

D’autres iront plus loin, et recopieront le dernier sondage issu d’une belle entreprise qualifiée. Cela ne m’intéresse pas, n’ayant aucun goût pour les relents d’arrière-cuisine électorale. La seule cuisine qui m’intéresse est celle qui se trouve aujourd’hui, sur ma table, dans mon plat.

Eh bien, c’est immangeable… « invotable ». Donc, je ne voterai pas.

HORREUR… ET PUTRÉFACTION

Désolé d’avoir à le dire, à l’écrire et à m’y tenir : je ne trouve aucune liste correspondant à ce que j’aurais souhaité.

Suis-je trop difficile ? Pourquoi pas ? Mais, qu’on y pense bien, aller voter à la dégoûtée ne devrait satisfaire quiconque soucieux de vouloir le meilleur possible pour qu’il est convenu d’appeler le bien commun.

Suis-je trop délicat ? Pas plus qu’un autre. Je sais très bien qu’il ne faut pas trop regarder dans les arrière-cours, là où l’on coince les cagoinces. Et pourtant, ça peut toujours servir. Mais ici, c’est pire. C’est plat, ou ridicule, ou carrément agressif. Agressif mais momentanément masqué (l’époque le veut et les chapons apprécient). Le loup déguisé en agneau, cela ne date pas d’hier.

Suis-je moutonnier ? Surtout pas ! Panurge nous a laissé une belle morale à ce sujet, par Rabelais interposé.

Suis-je démocrate ? Oui si l’on admet que j’en souhaite le meilleur. Et non quand on voit la pissotière à roulettes qu’est devenu cet élément de langage. Je ne suis pas Topaziste, ni première, ni deuxième version.[1]

Alors ?…

QUAND LE DROIT D’ABSTENTION S’IMPOSE

Le droit d’abstention s’impose par pleine légalité puisque le vote n’est pas obligatoire.

Il devient alors une composante de résultat électoral, et non des moindres, car il est le premier jugement porté en toute conscience – au moins pour moi – sur le marché aux voix.

Compte tenu de mon exposé préalable, demain comme au second tour, j’exercerai ce droit comme un devoir personnel.

LA GRANDE TRICHERIE DU SYSTÈME

Si le droit d’abstention existe, c’est bien pour protéger le système électoral. C’en est un indicateur de santé, un marqueur. C’est pourquoi je m’oppose à ceux qui souhaiteraient légaliser une obligation de vote.

À tout hasard et bien conscient des limites de la comparaison, je rappelle que la vente forcée est interdite.

Ce premier marqueur de légitimité n’est pas le seul. Il s’accompagne des bulletins nuls et des blancs.

Or ces bulletins sont comptés, mais ils disparaissent comme par miracle légalisé, puisque les pourcentages finaux tiennent compte de ce qu’on appelle suffrages exprimés.

Comme si voter blanc ou nul n’était pas une expression aussi forte, sinon plus, que les suffrages prétendument seuls exprimés.

Depuis trop longtemps, les trafiquants de voix violent toute idée de démocratie, surtout si l’on y ajoute les marchandages qui suivront le premier tour… tous les premiers tours.

Dans ces conditions, je rajoute une deuxième raison possible au droit-devoir d’abstention.

Chacun fait à sa guise, tant que son choix on ne déguise.

[1] Topaze, voir le film avec Louis Jouvet ou lire le livre. Un régal toujours d’actualité !