Il est habituel dans nos contrées de se souhaiter mutuellement « Joyeuses Pâques ». Je l’ai fait et referai, bien sûr. Y compris pour tous mes lecteurs de ce geocortex.site, quelles que soient leurs options religieuses ou non.
Mais je préfère la formulation des églises d’Orient (pas si lointain) qui se saluent par « Christ est ressuscité ». L’essentiel est là. Saint Paul, l’a dit à sa manière dans sa première lettre aux Corinthiens :
« Frères, nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. »
Saint Paul fut le plus pénétrant des Juifs, sans qui la communauté chrétienne ne serait peut-être restée qu’une petite secte perdue dans les terres arides de la Méditerranée. Et quel Juif ! La mort, il savait de quoi il parlait, lui qui s’était voué corps et âme à la persécution des chrétiens.
Cette première notion fondamentale est trop souvent oubliée. Souvent les convertis tombent dans un prosélytisme exacerbé. Mais ils plongent aussi dans les racines de la pensée qui surgit en eux et la font refleurir enrichie. Il est des temps où nous avons plus besoin des loups assagis que des moutons bêlants. Car la vie abrite bien des morts, y compris spirituelles, et la mort omniprésente nous oblige à d’étranges introspections. L’oublier, c’est faire entrer Pâques dans la boutique des lapins en chocolats. S’en tenir là serait la vraie tristesse.
Ne nous croyons pas uniques en ce domaine, parce que chrétiens. Il n’est aucune civilisation au monde qui ne se soit bâtie sans une ou plusieurs morts brutales. Et si, par hasard, celle-ci n’apparaît pas immédiatement, elle arrive sans faillir, comme une nécessité inéluctable, et se pare alors d’une nouvelle réflexion et d’une reviviscence plus luxuriante.
En ce sens, le « miracle Jésus-Christ » n’a fait que sanctuariser une vérité universelle.
Les Juifs, quelles que soient leur approche religieuse, ont leur Pâque (sans s). Que signifie-t-elle, que commémore-t-elle ? Le mot hébreu (Pessa’h) évoque un saut bien spécifique : celui de la mort de la dixième plaie d’Égypte au-dessus des maisons des Hébreux. À l’inverse, tous les premiers-nés des Égyptiens sont fauchés.
Tenons-nous-en à ce raccourci : survie par échappement à la mort qui frappe tout autour, cette survie étant due à l’intervention divine. Elle sera suivie par la fuite d’Égypte, le très célèbre épisode du passage de la mer Rouge (ou mer des Joncs), et les tribulations dans le désert avant l’arrivée à Canaan, la terre promise, la reviviscence.
Combien de pensées profondes ne partageons-nous pas !
J’en profite donc pour souhaiter à mes amis juifs la même sainteté dans la fête de Pessa’h en ce mois d’avril.
Gardons-nous d’oublier ces trésors de l’esprit. Nous les avons élaborés depuis quelques milliers d’années seulement. Mais ils nous rapprochent de la première tribu qui, dans le nuit des temps, frappée par une étrange lumière, creusa la terre pour lui confier ses morts.
Antoine Solmer

