LES DÉCISIONS ET LEURS REPRÉSENTATIONS (III)

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Je reviens sur la devinette que le lecteur critique a pu trouver, concernant les monades, ces unités élémentaires, théoriquement – selon Leibniz – « impénétrables à toute action extérieure, différentes entre elles, soumises à un changement continuel provenant de leur propre fond ».

Voilà qui nous paraît abusif, pour l’homme-monade. Impénétrable à toute action extérieure, alors qu’il prend avis, et même qu’on lui en fournit jusqu’à l’étouffer ? Nous en doutons. Mais, soumis à un changement continuel provenant de son  propre fond, pourquoi pas, et même, étant humain, espérons-le ! Reste la différence entre eux. Oui et non, selon qu’on prend ou non en compte le moment où il accomplit son « devoir électoral » et le bulletin qu’il choisit, spécifiquement dans la solitude du « petit cercueil vertical ».

Alors, faut-il oser en remontrer à cette kyrielle de génies nommés ci-dessus, sans compter bien d’autres ? Réponse négative, bien sûr, mais négation qui nous oblige à pousser plus loin le raisonnement.

Une jolie phrase de philo exprime ainsi notre position à tout carrefour de la pensée, et même de la vie ordinaire : « Tout choix est un renoncement et une mort partielle. »

J’ai exprimé plusieurs fois la correspondance imagée entre cette mise à l’urne qu’est le vote, et la mort. Je persiste, sans signer, puisque j’y ai ajouté la classique comparaison avec le « chèque en blanc ». Ce « blanc » ne traduit aucune couleur, sinon celle du vide de nos poches après des tirages successifs imposés par un quelconque despote.

Alors, une référence s’impose, celle de Vladimir Jankélévitch, dans son célèbre ouvrage sur La Mort.

Si cette dernière – l’expression s’impose – est notre lot commun, le philosophe de l’instant, la décrypte selon les trois modalités du je, du tu et du il, selon le degré de proximité de la personne atteinte. Et se référant à soi-même, pris dans le fatal engrenage, il différencie en deux groupes le je, du tu et il,  et donc, « les deux partenaires restant deux sujets monadiquement et personnellement distincts [1]. »

Ce positionnement complète le précédent où il décrivait la monade comme « pur dehors et troisième personne neutre dans un monde de troisièmes personnes interchangeables [2].

Une autre conséquence s’ensuit qu’il exprime ainsi : « Le problème de la mort peut servir à réhabiliter une philosophie de la partialité [3]. » C’est introduire une brèche dans le mur de la philosophie trop souvent conçue comme une généralisation d’idées d’où l’homme est bizarrement exclu. Ce n’est pas Michel Onfray qui s’en offusquerait.

Ainsi, par le biais de la mort, réelle ou symbolique, la personnalité de l’homme, reprend pied en terre philosophale où certains l’avaient un peu vite, mais trop systématiquement, enterré. Nous y reviendrons dans le prochain article.

                                                                                       À SUIVRE

[1] Vladimir Jankélévitch, La Mort, Flammarion, 1977, p. 25.

[2] Id ? p. 24

[3] Id. p. 25