L’article de Claude Henrion que je reprends aujourd’hui date du 27 février. En ces temps d’actualité « brûlante » (ne nous privons pas de cette image usée jusqu’à la culotte) et surtout mouvante, il est bon de le préciser, et surtout de revenir sur des évidences qui ne sont pas au goût du jour. Mais comme Géocortex.site en tient pour le réel du terrain… Bonne lecture !
“Mourir pour Kiev” ?
Il est de tradition d’interrompre notre trêve éditoriale due aux vacances scolaires si arrive un événement de grande dimension historique, politique ou autre. L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe est dans ce créneau. Ce n’est pas que j’aie quelque prétention d’avoir quelque chose à dire qui vaille la peine d’être lu… Mais cette éventualité figure en toutes lettres dans le “cahier des charges” de ce Blog… et il est de toute première importance de respecter scrupuleusement tout engagement pris : c’est le manquement à cette règle élémentaire de morale qui explique en très grande partie le drame réel qui nous fait nous retrouver aujourd’hui, ‘’hors délais’’.
Je dois vous avouer que j’ai beaucoup hésité avant de publier ce billet hors-calendrier : ce que j’ai à dire est tellement différent du discours officiel que j’ai eu peur de choquer quelques lecteurs. Le nombre des demandes et ma vieille confiance dans la “justice immanente” m’y poussaient. C’est l’Évangile de ce dimanche qui m’a décidé à le faire : il y était question d’une paille dans l’œil du voisin et d’une poutre dans le nôtre : j’y ai vu comme un clin d’œil, avec ou sans paille ! Qu’on me comprenne : il n’est pas question d’excuser l’invasion de l’Ukraine : elle n’est pas excusable – en tout cas dans le système actuel de pensée (en toute autre époque, ‘’ça’’ aurait constitué une péripétie-rebondissement de plus de l’Histoire, qui ne peut être que tragique. Nous y reviendrons). Mais il faut se demander si tout – vous avez bien lu : tout – le comportement des occidentaux ne peut être vu comme un désir (qui s’est révélé être un délire) de “pousser Poutine à la faute”… Mais tout de même : pardon à ceux dont je vais heurter les convictions… Autre demande de “pardon”, ce billet est un peu plus long que d’habitude : le sujet est tordu…
Comme on pouvait le redouter depuis quelques semaines (cf. mon “blog” du 3 décembre dernier), les armes ont parlé entre deux parties d’un même pays que les folies de l’Histoire et des hommes ont séparées, et conduites à s’entre-déchirer. Depuis 3 jours, je ressasse cette phrase de Paul Valéry : “La guerre, c’est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas”. Plein de jeunes soldats vont mourir “dans leur bon droit”, en cherchant à ramener dans leur “droit chemin” à eux… d’autres jeunes soldats, tout aussi persuadés d’être dans leur bon droit à eux en les tuant… Et au passage, combien de pauvres victimes dites “collatérales”, dont le tort principal aura été de passer par là à ce mauvais moment ? Sans donner dans la rituelle “reductio ab hitlerum”, rappelons que la soldatesque nazie arborait sur ses ceinturons la contre-vérité évidente : “Gott mit uns” (Dieu est avec nous… !). Mais en fin de compte, “Dieu a reconnu les siens”, comme toujours : Justice immanente !
Nous avions évoqué “la crise ukrainienne” il y a un mois et demi (Billet n°1331), avec la conclusion suivante : ’‘Poutine, va-t-il persister dans son envie évidente de remettre de l’ordre dans cet État-croupion qui a tant de mal à ne pas exister, et de le faire “revenir au bercail” – tel que lui voit les choses ? L’OTAN, qui n’a rien à faire dans cette galère, va-t-elle céder à la tentation de voler au secours d’un État qui s’est engagé, en 1969, à ne jamais en être membre ? (NB : où est-il, “l’Atlantique-Nord” ?). Dans cette spirale, les européens n’ont vraiment rien à foutre et tout à perdre. À la question : devons-nous nous préparer à “mourir un jour pour Sébastopol”, ou pour Simféropol, Kiev, le Donbass, ou qui vous voudrez ?… la réponse “NON” ne va pas de soi…’’. Je n’ai pas un seul mot à changer.
C’est un must, en Occident, que d’afficher un anti-poutinisme militant, en s’étonnant d’une brutalité que l’Histoire explique sans la justifier… Cette attitude commode nous permet d’oublier tout ce qui, chez nous, ne vaut pas mieux que ce qu’il dit ou fait. Il n’empêche : au regard de l’histoire-à-venir, si on met à part son dernier “passage à l’acte”, son dossier “tient la route” bien mieux que celui des Occidentaux, soumis au bon vouloir des différentes Administrations US qui, le plus souvent, poursuivent des objectifs qui ne sont pas les nôtres, et qui, encore plus souvent, commettent des erreurs énormes de lecture de l’Histoire et d’interprétation de réalités dont la complexité leur échappe. En fait, rien n’est jamais simple, ni tout blanc ou tout noir (il faut le dire aux racialistes anti blancs !). En fait sous la pression de la CIA (qui ne souhaitait pas voir un troisième “géant” émerger, et qui, depuis la chute de l’Union soviétique, rêve d’asservir la Russie pour mettre la main sur ses matières premières), l’histoire récente peut être relue comme un long processus de mise à l’écart de la Russie (qui n’avait qu’un seul désir : tourner la page “’URSS” !) et d’humiliation de ses dirigeants –dont Poutine, ce qui est imprudent : champion de judo et expert au jeu d’échecs, c’est un adversaire… à respecter et à craindre.
Les cuistres de la CIA (ils sont tellement nuls qu’ils mériteraient d’avoir fait l’ENA !) n’ont pas compris les thèses (déjà pas très malines) de Francis Fukuyama et ils ont cru que le futur était “plié”, dans leur triomphe et la déconfiture de tout le reste ! À trop les suivre dans cette assurance de l’hégémonie occidentale, l’Occident (et surtout l’Union Européenne) s’est enfermé dans une bulle d’irréalisme, de mots creux, d’idées fausses et de faux-semblants, et a oublié que l’Histoire –avec un grand “H”, est surtout tragique. L’Europe a oublié l’importance de la puissance militaire, remplacée par une naïveté diplomatique ahurissante, un mépris total des réalités et des tendances historiques, et elle a donné trop de place à la défense de ces fausses valeurs qui n’en sont pas, au détriment des intérêts qui sont vrais, eux.
Ramenée à l’essentiel, cette “crise” (devenue une guerre, avec toutes les horreurs immédiates et les dangers à terme de ce mot), tient en peu de mots : L’Ukraine –en réalité une partie à peine différentiée de la “Grande Russie”– a été une proie facile pour les Occidentaux en 2014 quand ils ont mis la main sur ce pays. Le Président Zelenski, complètement ‘’cornaqué’’ par les Américains, a fait évoluer l’Ukraine à l’image des pays occidentaux : libéralisme à tout-va, alignement sur la décadence occidentale, apparition des LGBT et autres “maladies” (?), et aussi le financement de groupes extrémistes (… avec l’arrière-pensée de s’en servir contre la Russie ?). Le gouvernement ukrainien, sous la houlette des Américains, a mis en place des programmes de “dérussification” massive et brutale, qui servent aujourd’hui de base aux arguments de “génocide” et de “nazisme” employés par Poutine. Sur le plan économique, l’Ukraine a appliqué les mesures qui ont fait leurs preuves ailleurs, avec un résultat quasi immédiat : chômage en forte hausse, énorme inflation, niveau de vie en forte baisse, appauvrissement de la population qui ne pense qu’à s’expatrier, en Russie le plus souvent, en Pologne pour une minorité.
Dans le même temps, tous les pays occidentaux s’enfonçaient dans un naufrage économique et idéologique “XXL” : explosion du chômage, inflation, invasions migratoires, émeutes racistes aux États-Unis (Black Lives Matter et tyrannie du “racisme anti-Blancs”), négation des valeurs religieuses, développement des mouvements LGBT et des réseaux pédophiles, etc. etc… Et il a fallu la “crise du covid” pour qu’on puisse parler d’autre chose ! Or la Russie a bien résisté à cette évolution, malgré l’activisme des iso-“5e colonnes” écolo-lobbyistes pro-valeurs occidentales. Cette résistance a contrarié les plans des thuriféraires du “Nouvel Ordre Mondial” qui ont donc fait de la Russie “l’ennemi public numéro 1” en Europe et aux États-Unis. Très vite, on a vu arriver les premières “sanctions”, initialement pour “punir” la Russie d’avoir accepté le résultat du référendum intégrant la Crimée à la Fédération, puis ensuite pour tout et n’importe quoi… jusqu’à jeudi dernier.
Sur le plan militaire, alors que des accords avaient été passés à la chute de l’URSS précisant que “l’OTAN ne s’élargira pas à l’est” (donc vers la Russie), tous les pays de l’ex-URSS rejoignent un par un l’Alliance Atlantique, et hébergent donc bases militaires et matériel d’attaque américain, à l’exception de la Biélorussie, dont le dirigeant mérite les foudres et la haine de la bien-pensance. De son côté, Zelensky multiplie les déclarations agressives (c’est lui qui a parlé, le premier, de la menace nucléaire). Vladimir Poutine, fort de son expérience, avait compris que les États-Unis pousseraient l’Ukraine au bout de cette logique illogique, jusqu’à provoquer une riposte militaire russe pour faire de la Russie “l’agresseur” de l’Ukraine et la mettre au ban des Nations. La recette est simple : on multiplie les ’’sanctions ’’ en les durcissant… l’économie de la Russie s’en ressent, et avec elle le niveau de vie des russes… qui se révoltent, entraînant la chute de Poutine, cette bête noire des occidentaux. Et on peut enfin mettre en place un régime pro-occidental en Russie… et hop ! on récupère enfin les matières premières tant convoitées. CQFD.
Poutine, en vieux routier, sait ce que l’Occident a en tête. Mais il est aussi celui qui avait déclaré il y a quelques années que, lorsqu’on a compris qu’une bagarre est inévitable, le mieux est de frapper le premier. En outre, dans le cas présent, il y a en jeu la vie des citoyens russes du Donbass, régulièrement bombardés : plus le temps passe, plus il y aura de morts. C’est dans ce contexte qu’il a reconnu les “républiques” russophones qui, le soir même, ont demandé l’aide militaire de la Russie pour assurer la sécurité à leurs frontières. La suite est connue : l’Ukraine n’a pas tenu compte de ce changement et a continué les bombardements malgré la présence de troupes russes… La Russie est (donc ?) intervenue le 24 février au matin, déclenchant les tempêtes diplomatiques et les “sanctions” qui sont notre nouveau “quotidien’’… comme prévu. L’intervention est condamnable, mais la question reste : a-t-elle été planifiée ailleurs (aussi) ? La vérité ‘’vraie’’ n’est pas facile à avoir avec certitude, mais le doute est, au moins, permis ! Et prudent !
Que peut-il se passer maintenant ? Il semble exclu que le conflit s’étende au-delà de l’Ukraine, contrairement à ce que gesticulent et blatèrent nos moulins à vent et à mensonges. D’abord parce que l’OTAN et les US répètent qu’ils ne combattraient pas la Russie, et parce que la Russie n’est pas intéressée par une extension du conflit sur les terres visées par le fameux Article 5 ! Il veut éliminer la menace d’une Ukraine ’’porte-avions américain” à ses portes, et accessoirement de montrer au monde que la Russie n’a majoritairement pas envie d’être “occidentalisée” de force (et qu’elle a les moyens de faire respecter sa volonté de suivre une autre voie). Sur le terrain il faut s’attendre à ce que l’Ukraine tombe vite, même si les forces russes frappent surtout les installations militaires ukrainiennes (et les laboratoires secrets de type “Wuhan” installés… là où tombent les fameuses “erreurs de tir” des russes – en cours de vérification, mais semblant probable –, contrairement aux bombardements ukrainiens au Donbass, qui veulent tuer… depuis huit ans !
Les forces russes n’ont pas vocation à rester en Ukraine et se retireront
dès qu’un gouvernement ukrainien indépendant et non soumis aux Occidentaux s’y installera (il est convenu de l’appeler “fantoche”… contrairement à celui de Zelensky, bien entendu !). Quant aux “sanctions”, on les avait, on les a et on les aura. Un haut responsable politique russe disait hier “La meilleure solution serait que Joe Biden disparaisse. Avec Trump jamais il n’y aurait eu de guerre, Trump et Poutine se comprennent, et ont les mêmes espoirs de développement pour leurs pays et leurs peuples” (NDLR : Intuitivement, j’aurais une propension à être d’accord avec cette analyse ! Mais mon avis est sans importance… et ce n’est vraiment pas dans l’air du temps, si on veut avoir l’air intelligent. Une fois de plus, je vais me singulariser !).
Seul avantage à toute cette histoire dramatique : plus personne ne parle du covid… Et que ça peut être bon, de respirer autre chose que l’atmosphère empuantie à laquelle le Pouvoir nous avait condamnés pour assurer sa réélection ! Maintenant qu’il a trouvé un nouveau “sujet” pour attirer les voix des indécis, on peut parier que les interdits vont tous tomber… plus vite que prévu ! Bonne poursuite de vos vacances, même si gaîté et joie de vivre ne se sont pas franchement rapprochées !
H-Cl.


