
Une grande dame nous a quittés. Elle s’appelait Annick de Souzenelle, avait 101 ans et vous n’en entendrez pas parler dans les prétendus « grands médias ». En effet, Annick de Souzenelle collectionnait tous les pires défauts – déclarés tels – par notre époque d’abrutissements joyeux, de peurs irraisonnées et de haines concoctées à Gauche. Toute référence à la folie « pseudo-lympique » s’impose. Une folie qui est le contraire d’un travail athlétique, c’est-à-dire d’une ascèse incertaine.
Mais je reviens à Annick de Souzenelle. J’avais déniché son livre Le symbolisme du corps humain[1], par un de ces hasards inspirés, un mélange d’inspiration et d’aspiration par lequel nous croyons avoir trouvé avons été trouvés. Ainsi en est-il de la raison des grands tourbillons du monde. Et comme ils attirent d’autres humains, nous nous y étions retrouvés avec Noël Pomin, mon ami aujourd’hui aspiré dans le « grand ailleurs » qui fut un co-auteur de ce blog, et avec qui j’eus de merveilleuses discussions. Lui aussi fut un lecteur passionné d’Annick de Souzenelle. J’ose dire : comment ne pas l’être !
Vous lirez une courte biographie d’Annick Souzenelle sur le blog Arigah qui « affirme son indépendance de toute religion et de tout parti politique » et dont les « activités sont fondées sur les travaux et sur l’enseignement d’Annick de Souzenelle[2]. » Son parcours la mènera, après une fracture familiale, à explorer les deux mondes à réunir, qui prennent différents noms et formes selon les points de vue d’où nous les observons. Et pour cela, elle ose se plonger – comme pour un baptême – dans les temps de la grande séparation qui qualifient toute genèse.
Je vous livre ici un extrait de son « symbolisme du corps humain », p. 82.
« L’homme vit cette contradiction qui consiste à réclamer l’absolu et à le fuir. Il le réclame parce qu’il en est pétri en son essence, il le fuit parce qu’il attend que l’existence le lui apporte, parce qu’il le cherche, non à l’intérieur de lui-même mais à l’extérieur. Il l’attend du temps : soit du passé qu’alors il idéalise et dans lequel il se réfugie (c’est l’attitude de maint vieillard), soit du futur dont il espère qu’il le comblera (c’est celle du jeune homme et de beaucoup d’entre nous qui vivons projetés en avant).
Lorsque l’instant en son aspect temporel lui apporte une joie, alors il réclame du temps qu’il ait sa valeur d’éternité : “O temps, suspends ton vol…” chante le poète. Ne sachant pas prendre la vraie dimension du présent, l’homme le fuit, et le fuyant il se fuit et par là-même se détruit. »
Annick de Souzenelle, un esprit à lire pour se lire.
Antoine Solmer
[1] Éditions Albin Michel, 1993.
[2] https://www.arigah.com/annick-de-souzenelle/biographie/
Photo extraite du même blog.

