L’article précédent de cette série Civilisation et Culture survolait quelques appréciations sur ces deux points. On pourrait reprocher bien des choses à une telle présentation, en particulier de se limiter à des extraits qui mériteraient explication et amplification. Pourquoi pas ? Mais alors, cela reviendrait à condamner d’avance toute citation, d’une part, et à doubler cette condamnation théorique par celle de l’auteur à lire tous les livres porteurs de la dite citation. Et si, par malheur ou par bonheur, les livres en question révélaient d’autres citations, ils reporteraient vers eux la condamnation première, en espérant – incertitude majeure – que cet emboîtement cesse un jour. Borges en eût rêvé. Et si ce songe ne l’a pas visité, tant pis pour nos lectures.
L’AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE
Nous avons donc vu des côtés pile set des côtés face de ces deux entités que certains accouplent jusqu’à la gémellité Personnellement, je les vois comme deux bons associés, l’un directeur des affaires techniques, le « cultureux » et l’autre directeur de la production, le « civilisationnel ». Voilà qui a le mérite de la simplicité, tout en insistant sur les relations de l’un à l’autre qui ne peuvent ni ne doivent obéir aveuglément à ce séparatisme.
L’aveugle et le paralytique ont besoin l’un de l’autre pour arriver au but. Mais il ont besoin d’un troisième compère, invisible et immobile celui-là : la coordination qui sous-tend une continuité horizontale (celle du chemin bien étudié) et une continuité verticale (celle de la volonté d’action et de l’espoir du résultat). Autrement dit, chacun s’est partagé sa culture, l’un, celle de la vue, l’autre, celle du mouvement, et les deux réunis peuvent recréer une civilisation du voyage. Qu’en feront-ils ? Cela est une autre histoire, la leur, qui nous enrichira peut-être, à moins qu’elle ne nous déchire.
Car, qui sont cet aveugle et ce paralytique ? Quels buts poursuivent-ils ? Quels liens obligatoires les lient l’un à l’autre et quels autres liens déchireraient leur belle entente ? Et cette entente, est-elle si belle ? Comment imaginer un « paradis terrestre fait de couplages d’aveugles et de paralytiques » ? Serait-ce sérieux ? Vivable ? Qui ne serait tenté, un jour de malchance ou d’irritation, de rompre le tandem, quitte à en subir de terribles conséquences. Aucun aveugle n’aurait donc de bâton à portée de main ? Aucun paralytique n’aurait donc de coutelas dans son bagage ? Et n’y aurait-il jamais eu de traîtresse pierre sur le chemin qui, négligée par le voyant, n’ait entraîné la chute des deux, avec les récriminations subséquentes ?
Si la parabole est riche, c’est parce qu’en son raccourci extrême elle ouvre les chemins de la vie. Sommes-nous loin du débat entre culture et civilisation, en ayant suivi notre chemin « parabolique » ? Non ! Au contraire, nous l’avons éclairé.
Nous y revenons bientôt
Antoine Solmer
À suivre

