ROMANCE DE BUREAU D’ELDAR RIAZANOV

ROMANCE DE BUREAU
ROMANCE DE BUREAU

Hier soir, au CSCOR (Centre spirituel et culturel russe) quai Branly à Paris, passait le film Romance de bureau, du cinéaste russe Eldar Riazanov. Très peu connu en France – pour ne pas dire inconnu – ce cinéaste était l’auteur de L’Ironie du sort qui est le film de référence de Noël dans toute la Russie depuis sa première diffusion en 1976. Demandez à n’importe quel Russe, et vous comprendrez.

Romance de bureau date de 1977 et compte aussi parmi les grands succès. La traduction plus littérale serait Le Roman d’un bureau, non que le mot romance soit inadapté, mais compte tenu de sa longueur (deux heures et demie). Une durée inhabituelle en ce genre, pendant laquelle on ne s’ennuie jamais.

Le thème est simple : dans un bureau de statistiques dirigé par Lioudmila, une femme tyrannique, surnommée la Mocheté, ou La Vieille, survit un petit employé maladroit et consciencieux. Il est le seul en son genre, entouré d’une galerie de femmes dont la première action du matin consiste à se maquiller consciencieusement, la deuxième étant d’échanger les potins du jour, et la troisième de s’occuper suffisamment de leur travail pour rester dans la place. Notre anti-héros (Anatoli) voudrait bien une augmentation, car, seul, abandonné de sa femme et gardien de deux enfants, les fins de mois sont dures. D’autant que l’ambiance collective enchaîne quêtes sur quêtes.

Arrive Youri, le nouveau sous-directeur, un de ses anciens amis de faculté. Youri le hâbleur. Arrivant de Suisse, c’est un privilégié. En cette période où la sortie des frontières ne se faisait qu’au compte-gouttes, il peut éprouver un certain degré de culpabilité, et être considéré comme un privilégié, d’où son insistance à distribuer de petits cadeaux, autant pour se faire bien voir que pour désamorcer des situations désagréables. Youri est aussi l’ancien amant d’Olga, une employée à la quarantaine tranquillisée. Il essaye bien de proposer Anatoli comme chef de service, mais se heurte au refus de la directrice Lioudmila. Alors il ne trouve pas mieux que de conseiller à Anatoli de draguer Lioudmila lors d’une soirée arrosée.

Catastrophe, rien ne marche. Anatoli, plusieurs fois rebuté, se laisse aller à dire tout haut à Lioudmila ce que tout le monde pense tout bas, et sans ménagement. Ce sera le déclic, chez cette directrice renfermée en qui ressurgit la femme blessée. La suite, je vous laisse l’imaginer. Entre Anatoli le maladroit professionnel, et Lioudmila la prisonnière de son cadre, le mélodrame est enclenché. Un « mélo », direz-vous. Oui, mais un « mélo » mené de mains de maîtres, le pluriel s’imposant, tant pour le réalisateur que pour les acteurs. L’action crépite, s’emballe, tourbillonne et nous séduit devant ce grand manège de situations en porte-à-faux, jusqu’à la dernière bagarre homérique entre Lioudmila et Anatoli, qui commence dans le bureau directorial et se termine dans la voiture de fonction sous l’œil effaré du chauffeur. Pouvait-il en être autrement entre Lioudmila et Anatoli, tous les deux enfermés dans leurs difficultés de communication ?

De son côté, Olga, qui pensait revivre ses jeunes années avec Youri, comprend que le retour à sa petite vie tranquille et à son mari est la meilleure solution.

Alors, un mélange de Frank Capra, de John Ford (les scènes entre Maureen O’Hara et John Wayne) et de poésie chantée russe qui rythme autant les saisons de la ville que celles du cœur.

Un film pour mieux comprendre la Russie, sans oublier les autres clins d’œil sur la période d’après les années noires : une reproduction d’un Modigliani qui en dit long. Un film à garder dans sa cinémathèque personnelle.

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Une réponse sur “ROMANCE DE BUREAU D’ELDAR RIAZANOV”

  1. Etant Russe (ex-Soviétique) j’adore les films d’Eldar Riazanov et je partage pleinement ce commentaire pour son film ROMANCE DE BUREAU

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