LES TOMATES FARCIES DE LA DÉMOCRATIE : DU FOUR AUX DÉLICES

METTEZ LE FOUR À 200 DEGRÉS

Nous avons laissé Périclès, chaudement décrit par Thucydide, au point où il avait suffisamment préparé les ingrédients fondamentaux : la mobilisation de la tristesse, habilement liée aux racines communes, bientôt transformée en une avalanche des meilleurs comportements entre humains. En somme, le bonheur dans la cité, avec, cependant, une gentille pression pour bien faire comprendre qu’en dépit de ce merveilleux savoir-vivre partagé entre les presque-égaux, le regard du chef n’est pas si loin.

Et le chef, Périclès n’oublie pas que la guerre n’est pas finie, qu’il doit fourbir ses armes et que ses adversaires ne s’en privent pas. Alors, quoi ? En rester là ? Se quitter sur une marche blanche, beuglant des « Vous n’aurez pas ma haine » jusqu’à la prochaine violence ? Non ! Ils ont voulu la guerre, ils l’auront !

D’abord, « nous nous distinguons de nos adversaires »… « notre ville mérite admiration »… « nous sommes à l’opposé du plus grand nombre ». Il y va de notre fierté, et plus encore de la fierté envers notre modèle que nous avons le devoir de défendre. C’est pourquoi les Athéniens trouvent une utilité dans la politique éclairée par la parole « avant d’aborder l’action à mener ». Il faudra se défendre, bien sûr, mais aussi, porter la bonne parole.

Et pour cela, les Athéniens sont préparés, non par des plans secrets, mais par la vaillance comprise comme une conséquence heureuse de la douce vie athénienne et de l’éducation menant à une vie équilibrée, sagement heureuse, spontanément défendue si nécessaire, sans même l’obligation des lois. Alors, si le gouvernement déclare la cité en danger, décrète la mobilisation, la nation entière se lèvera, prête aux sacrifices ultimes. C’est vrai… puisque le chef le dit !

Et l’arrière tiendra ! Preuve en est : « tous les produits de la terre arrivent à Athènes ». Pas besoin de se préoccuper de disette ou autre rétention de blé ou de gaz (pardon pour l’uchronie !).

Quant à l’armée, compte tenu de sa supériorité, les autres n’ont qu’à bien se tenir. Athènes vaincra sans même avoir besoin d’employer toute sa puissance, puisqu’elle a déjà « contraint toute terre et toute mer à s’ouvrir devant elle. »

D’ailleurs Athènes est la merveille des merveilles, jalousée, certes, mais c’est compréhensible car elle est « offerte à l’admiration de tous » au point qu’elle « n’a pas besoin d’Homère pour la glorifier. »

PENDANT CE TEMPS, DES CLIENTS TOUSSENT ET S’IMPATIENTENT

Certains s’enflamment, ne rêvent que plaies et bosses, pour les méchants, bien sûr. Mais d’autres ne se reconnaissent pas trop dans cette description idyllique. Chacun a un voisin peu sympathique, un différend avec un juge mal luné, et les conflits politiques n’ont pas cessé malgré les belles paroles. La lutte pour le pouvoir contient d’autant plus de poison que le discours est plus mielleux. Et plus la situation empire, plus de numéro 1 qui joue au loup alpha se félicite de ses résultats. Même si les guerriers dont Périclès use et abuse dans cette oraison funèbre ont été battus à plate couture par les Spartiates au mieux de leur forme guerrière, Même si les coffres de la cité sont à marée basse. Décidément, Périclès est notre contemporain. L’histoire, finalement, c’est simple. Surtout celle de la « démocratie ». On prend les mêmes et l’on recommence.

ET L’ON DÉNIGRE LA RECETTE DU CONCURRENT

Allez les mécontents ! Allez manger à Sparte, vous m’en direz des nouvelles ! Si vous aimez l’injustice, Sparte ! Si vous aimez recevoir des coups, l’entraînement à la dure, Sparte ! Et si vous voulez confier votre vie à de mauvais guerriers, Sparte encore ! Alors il leur faut enrôler des aides peu recommandables, il n’ont pas assez de moyens pour couvrir une ligne de bataille. Alors ils font « des coups ». Et quels mauvais perdants !

ÇA MARCHE

Les prétendus « barbares spartiates » n’ont finalement pas fait recette. La propagande a joué à plein. Périclès était poursuivi en justice. Peu importe, les citoyens le réélisent. Forcément, c’était un « vote utile » et puis, on l’a bien compris son discours : c’était ou lui ou le chaos. Et comme « il n’y avait personne d’autre »…

Même le brave général Thucydide, reporter d’occasion, bien qu’aristocrate, se laisse subjuguer par Périclès devenu politique sur le dos des citoyens lambda.

Y a-t-il une leçon à tirer de cette oraison funèbre ? Il y en a tant. Il faudra y revenir. Mais la principale est qu’il faut savoir mentir au peuple, jouer artistiquement de la peur et du rôle de sauveur, compter sur le petit bien-être du bourgeois et envoyer le « prolo au baston ». Tout le monde sera content. Cette leçon ne vaut même pas un fromage. À peine une tranche. Au rythme de l’inflation…

Ah ! J’oubliais. Votre gouvernant appartient au clan du Bien, et tous les autres appartiennent au clan du Mal. Si vous devez en souffrir, ce sera pour le Bien. Compris ? Avec une majuscule ! La tranche de fromage vient de disparaître. Les prix se sont envolés. Vos économies avec.

Antoine Solmer

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