LA FOLIE COVID : QUAND L’INÉDIT RÉVÈLE L’ARCHAÏSME DE NOTRE FONCTIONNEMENT COLLECTIF

POINT D'INTERROGATION
POINT D’INTERROGATION

Le texte de ce jour est signé François Thioly. François est un ami de… ne parlons pas d’années, parlons plutôt de ce qui nous réunit. C’est un psychiatre de qualité rare, porté par un humanisme souriant mais circonspect, avec qui nous voyageons de l’aube de l’humanité jusqu’au futur des robots, sachant combien notre présence humaine dont nous sommes si fiers (parfois) pourrait un jour se résumer à quelques points d’interrogation dans un programme artificiellement intelligent. En attendant ce jour, gaudeamus igitur !

Ce qui se passe depuis bientôt un an peut être vu comme la première épidémie d’abord médiatique avant que d’être sanitaire. Il y en aura d’autres dans l’avenir, mais c’est la première fois que se manifestent simultanément quelque chose de radicalement inédit et des réflexes parfaitement archaïques. Les moyens de communication modernes (internet, réseaux sociaux, chaînes d’info en continu) réalisent l’aspect inédit de cette situation. On voit là combien la révolution numérique, sans laquelle rien de tout cela ne serait possible, a et continuera d’avoir des conséquences encore plus profondément transformatrices que la révolution industrielle : une rupture irréversible avec tout ce qu’on avait connu jusque-là et ceci grâce à la combinaison de deux caractéristiques elles aussi inédites : le temps réel et la mondialisation. 

Paul Virilio avait déjà analysé le krach de 2008 comme exemple de catastrophe spécifique des technologies de l’information (toute technologie a son avers : un progrès, et son envers, l’accident spécifique : les trains, les avions raccourcissent certes les distances, mais les premiers peuvent dérailler et les seconds s’écraser).

Ces deux caractéristiques, temps réel et mondialisation, abolissent l’espace, et donc, d’une certaine manière, nous collent les uns aux autres, au sein de ce « village global » qu’avait prophétisé McLuhan.

Dès lors, nous constituons une foule, et les dirigeants du monde entier n’échappent pas à ce phénomène de grégarisation. Depuis Le Bon et Freud, nous savons à quel point les foules sont moutonnières, impulsives, et susceptibles de comportements mortifères. 

Et c’est précisément là que s’origine l’autre aspect singulier de cette crise, sa dimension désespérément archaïque.

Les folies du 20e siècle (révolution russe, chinoise, nazisme, la liste est malheureusement loin d’être exhaustive) nous ont déjà bien montré ce dont sont capables des foules plus « locales ». La foule mondialisée qu’agrège désormais la technologie, travaillée de surcroît par la dernière grande avancée du capitalisme – la monétisation des émotions (plus on fait de buzz émotionnel, plus on a d’audience, plus ça rapporte) – se comporte comme celle d’un stade où se serait produit un mouvement massif de panique : elle fait n’importe quoi, et piétine sans même s’en rendre compte ceux parmi elle tombés à terre. 

Les gouvernants de la plupart des pays du monde n’échappant pas à cette logique régressive sont mécaniquement embarqués dans une frénésie mimétique, l’impulsivité de leurs décisions, en réaction à la panique qui s’est saisie de la foule et que leur communication anxiogène tout comme celle des principaux médias contribue à alimenter, n’a d’égale que leur totale imprévoyance à moyen et long terme, l’urgence dans laquelle les a précipités la dictature du temps réel anéantissant toute capacité de réflexion. Ce qui, en tout cas dans nos démocraties, ne fait qu’aggraver leur habituelle incapacité à penser le long terme du fait de leurs échéances électorales, souvent leurs préoccupations prioritaires.

Et pour ajouter une note cynique au chaos ambiant, certains lobbies sans scrupules en profitent pour chercher à en tirer un profit maximum : c’est en effet la logique qui préside à leurs menées, ainsi qu’on l’a vu avec la disqualification systématique des traitements anciens, insuffisamment rentables et le scandale du remdesivir de Gilead, ou comme l’illustre encore le gigantesque effort de propagande en faveur du tout-vaccinal et les colossaux enjeux financiers qui vont de pair : Pfizer compte sur un bénéfice de 15 milliards de dollars!

Et les experts médicaux, à qui le politique a trop aveuglément cédé le pouvoir, sont malheureusement complices de ce rapt indigne, soit parce qu’ils y trouvent un intérêt personnel, mais davantage encore à cause de la vision de l’homme désespérément réductrice, dépourvue de tout horizon spirituel, de toute verticalité, qui est celle de la plupart d’entre eux, une vision largement partagée par notre culture, la « métaphore machinique » qui implique une foi aveugle en la seule technologie. Avatar moderne du vieux rêve prométhéen, cette névrose occidentale qui infecte désormais le monde entier attend de la technologie qu’elle nous « répare », donc nous sauve, et pourquoi pas, nous rende éternels, ainsi que nous le promettent les transhumanistes, apôtres hors-sol de la nouvelle foi « techno-solutionniste », puisque désormais la mort signe un échec, la panne qu’il faut à tout prix éviter, à n’importe quel prix (à l’instar de l’irréaliste « quoi qu’il en coûte » de notre président) et quelles que soient les circonstances. Et comme le caractère intrinsèquement risqué de la vie est devenu insupportable, et que ne voulons plus savoir que nous sommes des « êtres pour la mort », ainsi que nous le rappelaient naguère les philosophes, nous nous laissons museler au nom d’un principe de précaution poussé à l’absurde : pour nous sauver de la mort, on nous empêche de vivre !

Nous sommes et demeurons donc collectivement parfaitement décérébrés, tout juste bons à nous enflammer émotionnellement : c’est ce qu’on pourrait nommer le « syndrome du carrousel d’aéroport », ce comportement mimétique absurde qui caractérise les voyageurs se pressant tout contre le tapis roulant où défilent les valises, se gênant les uns les autres alors qu’en se tenant à bonne distance, l’identification et la récupération de son bagage se ferait de manière parfaitement fluide. La prise en considération du bien général ne fait manifestement pas partie du patrimoine psychique collectif !

Cependant on peut aussi imaginer que la crise où nous sommes plongés relève d’un obscur processus de régulation : qu’on l’imagine sous les traits de Gaïa (selon l’hypothèse de James Lovelock pour qui la terre constitue un super-organisme conscient) s’ébrouant pour se débarrasser de notre espèce devenue trop invasive, ou, en reprenant les idées de R. Ruyer (la Gnose de Princeton), comme une rétroaction d’un système d’ordre supérieur qui « surplomberait » notre humanité, mais dont nous aurions encore moins conscience que les moutons n’en ont de l’ordre auquel appartient le berger qui les soigne et les destine à l’étal du boucher. 

Les lemmings (et tant d’autres espèces, de manières diverses) ne vont-ils pas se précipiter en nombre (environ les 2/5 de leur population) du haut d’une falaise, dans l’océan, lorsque leur nombre excède les ressources alimentaires disponibles ? Le Club de Rome avait d’ailleurs prédit au début des années 70 (Halte à la croissance, 1972) que si nous ne changions pas radicalement notre manière d’exploiter et de détruire notre écosystème nous irions à la catastrophe et qu’autour de 2030 ce serait la fin du monde tel que nous le connaissons, suivie d’une réduction drastique de la population mondiale…

Malgré ces considérations quelque peu pessimistes, gardons cependant l’esprit ouvert à l’inattendu, nous souvenant qu’en règle générale, ce qui advient ne ressemble guère à ce que nous avions prévu, et que de surcroît, notre capacité à comprendre ce qui nous dépasse est forcément très limitée. Et si en effet la contagion mimétique rend bien compte de la folie qui s’est emparée de nos sociétés depuis un an, peut-être verra-t-on un phénomène collectif similaire entraîner nos pays les uns après les autres dans un même renoncement à des mesures dont il apparaît de plus en plus clairement à quel point elles sont non seulement ruineuses à tous points de vue, mais aussi très largement inefficaces ?

Dr François Thioly, psychiatre

 

 

 

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3 réponses sur “LA FOLIE COVID : QUAND L’INÉDIT RÉVÈLE L’ARCHAÏSME DE NOTRE FONCTIONNEMENT COLLECTIF”

  1. Un vrai régal !
    Merci pour vos informations et votre réflexion de fond.

    I. Ces quelques exemples, que je reprends :
    * Un nouvel aspect que vous pointez bien :”la monétisation des émotions” ! Oui, c’est bien ça.
    * Et puis :”l’impulsivité de leurs décisions [ cf. nos gouvernants ], en réaction à la panique qui s’est saisie de la foule et que leur communication anxiogène contribue à alimenter”
    * Enfin : “l’urgence dans laquelle les a précipités la dictature du temps réel anéantissant toute capacité de réflexion”.
    Vous écrivez bien, monsieur Solmer. Sans compter l’effort de collecte préalable, c’est de la grande prose de réflexion !
    Je vais le mettre en lien parmi les quelques contacts que j’ai.

    II. je trouve votre conclusion à propos de la mort absolument extraordinaire et pertinente.

    III.
    Je trouve un autre par la suite une étonnante réflexion qui s’exauce encore d’un niveau par rapport à ce que vous nous aurez relaté : il faut donc aller assez loin, et se dire que la fin de ce monde n’est peut-être pas si lointaine… 🤥 😟 😐

    Re : Je vais le mettre en lien parmi les quelques contacts que j’ai.

    1. Cher Noël Pomin,
      Votre enthousiasme vous a emporté, ce qui nous fait grand plaisir. Mais si ce “nous” me concerne, la part fondamentale en revient à l’auteur, le médecin psychiatre François Thioly. Je n’en suis que le modeste présentateur, mais tout aussi admirateur.
      A.S.

      1. Mea culpa, je m’en suis rendu compte trop tard.
        Les temps sont difficiles, pour plusieurs raisons.
        Tout éclairage est tellement le bienvenu !

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