ISABELLE PRÊTRE : UNE PHILOSOPHE À LA DÉRIVE

LIBRE JOURNAL D'ISABELLE PRETRE
LIBRE JOURNAL D’ISABELLE PRETRE

UN PEU DE MYTHOLOGIE ET DE MERVEILLES

Au gré de mes vagabondages sur les ondes, j’ai rencontré une drôle de sirène. Ne m’imaginez pas sur le bateau d’Ulysse, ni en matelot aux oreilles bouchées à la cire, ni en Ulysse attaché à son mât. Quoique… puisque j’ai écouté en long, en long et en travers le chant d’Isabelle Prêtre…

Des chants, il en est de toutes sortes. Des bachiques et des saturniens, des orphiques et des lamento profonds. Celui-là touchait bien plus au domaine de l’imprécation.

Ce n’est pas la première fois que j’écoute Isabelle Prêtre. Elle a pour elle d’être la fille du célèbre et regretté chef d’orchestre Georges Prêtre, qui dans sa fantastique carrière enregistra avec La Callas et Poulenc (entre autres) et exporta dans le monde sa fantastique qualité de chef français, malheureusement peu prophète en son pays [1].

Elle a aussi pour elle d’attraper la philosophie à bras-le-corps, comme une lutteuse antique, et de nous entraîner sur les pas de Nietzsche, Kant, et tant d’autres, jusqu’à Freud et Michel Onfray, tout en étant une philosophe chrétienne. Cela participe peut-être de ses envolées. Mais n’oublions tout de même pas le tempérament, dont nous pouvons dire qu’elle n’en manque pas. Son émission du dimanche s’appelle Libre journal de lumière et d’espérance et vous la trouverez sur le site de Radio Courtoisie.

LES VAGUES DES VAGUES IMPRÉCATIONS

Cette diffusion du 10 octobre dernier traitait de « Méditation sur l’époque actuelle » en première partie, et se poursuivait avec « Les saints psychologues » en seconde. Je m’en tiendrai à la première. Celle où Isabelle Prêtre devenue sirène chantant à tort et à travers, m’a fait envier les marins d’Ulysse, préservés qu’ils étaient de certaines stridences. Et des stridences il y en eut. Assez pour m’irriter, jusqu’à en écrire ces lignes.

Isabelle Prêtre, certainement animée des meilleures intentions du monde, s’est lancée à la quête de la liberté en cette période de covid. Belle et grandiose aventure. À la condition fondamentale de connaître les bases du sujet. Et là, rien, ouallouh, nada, que dalle !

C’était une ode au merveilleux Macron (on sanctifie les héros que l’on veut ou que l’on peut) face à cette épidémie « ouragan qui emporterait tout si aucune autorité suprême n’essayait, même malgré nous, de l’endiguer. ». Mais le héros avait ses chevaliers : « Le président a pris ces mesures sous l’égide de la Médecine, avec un grand M. »

Et puis, n’essayez pas de susurrer à la douce Isabelle que peut-être… Pensez donc, ces fameuses mesures existent « certes pas par volonté de puissance ou désir personnel, comme le pensent ceux qui n’ont rien compris. »

Là, moi “l’incomprenant”, j’ai compris qu’elle parlait de moi, narcissique comme je suis. Enfin, de moi et de quelques autres qui ne sont « certes pas nombreux, mais [qui] font beaucoup de bruit, des personnes qui se rebellent contre lui, préfèrant la liberté à la vie. Est-ce qu’elles sont grandes ? Adultes ? Héroïques ? Non ! Parce qu’elles sont inconscientes, irresponsables et immatures. »

Me voici, avec tant d’autres, rangé au rayon des petits garçons peureux, inconscients, irresponsables et immatures. Moi qui croyais avoir donné quelques preuves du contraire ! On en apprend à tout âge. Donc, ces personnes « luttent et manifestent contre ce qui peut les sauver. »

C’est le moment où elle reprend l’ode au héros : « Heureusement qu’Emmanuel Macron ne demande plus notre avis et prend les mesures nécessaires, sinon nous foncerions droit dans le mur. »

Ces manifestants sont peu nombreux et ne représentent pas la majorité des Français, car il y a quand même, grâce à Dieu, des Français qui n’ont pas perdu la raison. ». Mais il reste ces « froussards qui, parmi eux s’interrogent sur les conséquences du vaccin, et qui oublient que par peur d’un risque, ils en prennent un bien plus grand, celui de perdre la vie et de la faire perdre aux autres. » Isabelle Prêtre n’a « aucun mot assez dur pour les qualifier. »

Mais heureusement Macron est là, et elle pense à lui, à sa fatigue, et le plaint « parce que lutter contre des déments pour sauver les hommes, c’est fatigant. »

D’ailleurs, « Ceux qui manifestent au nom de la liberté ont une  drôle de conception de la liberté, qui ferait rire tous les philosophes de tous les temps et tout les psychiatres aussi, une conception de gosses, tout simplement de gosses, et encore, il y a des enfants plus mûrs et plus raisonnables. »

UNE REMISE EN ORDRE

Je laisse à chacun le soin d’écouter les quelque 38 minutes de ce laïus et j’en distingue ici plusieurs parties qui touchent à la philosophie et à la psychiatrie.

Les imprécations précédentes ont ceci de particulier qu’elles traitent de liberté en oubliant le cachot dans lequel les errances de ce président (et ses médecins avec un tout petit m) ont enfermé les Français. Si cela est de la philosophie, c’est à dégoûter de la matière.

Les présupposés de Mme Prêtre ne sont que les caisses de résonance de la vérité officielle, celle qui s’effrite chaque jour davantage sous les révélations nouvelles. Elle s’associe donc à des quarts de vérité, et ne veut pas entendre, tout en les relayant les trois quarts de mensonge. De plus, impasse totale sur les traitements qui ont prouvé leur efficacité. Par contre, officialisation d’une mystique du passe et du vaccin, qui sépare en deux groupes les réprouvés responsables de tous les maux et la majorité (ceux qui « n’ont pas perdu la raison ».

Pire, elle associe les vrais raisonnables dont je suis, non-opposés à un vrai vaccin, mais adeptes de la liberté de choix, de la délivrance (à tous les sens du terme) des traitements efficaces, à la lie des déconstructeurs de tous ordres. Et cela tout au long de la deuxième partie de ses imprécations.

Non madame, je n’ai pas vu de pancartes ni entendu de discours de ce genre dans aucune des manifestations auxquelles j’ai participé.

J’ajoute votre appréciation sur ces gens qui « se branchent sur le covid, ce qui est différent d’un problème de liberté, mais de vie ou de mort, allant jusqu’à brandir des drapeaux représentant la France, simplement pour détruire le président de la République dans l’espoir de prendre sa place ». Cet ensemble m’amène à des conclusions plus poussées.

VOUS AVEZ PARLÉ DE PSYCHIATRIE. ALORS, PARLONS-EN !

Donc, vous dites : « Je sais que l’inconscience existe, mais à ce degré elle est pathologique. Je me demande […] quel est le fonctionnement cérébral, leur état d’esprit, de se rendre dans des lieux où le risque existe. On ne peut vivre avec une épée de Damoclès ni jouer à la roulette russe. Le passe est la condition de la paix du cœur et de la possibilité de vivre, avec plus de sérénité. […] Me savoir entre vaccinés est une sécurité immense, et, reconnaissons-le, la sécurité est une valeur. »

Tout cela parle, et beaucoup plus que vous ne le croyez. Remettons de l’ordre , d’abord en psychiatrie :

  • Un discours qui ignore les données de base du virus, de sa vie, de ses forces et de ses faiblesses, des traitements possibles
  • Une approche magnifiée et fausse des « miracles vaccinaux »
  • Une valorisation de groupe par un papier purement administratif
  • Un aveu concernant la « vaccination obligatoire » alors qu’elle ne l’est pas pour des raisons de basse politique économique et pré-électorales
  • Une accusation sur des boucs émissaires vous obligeant à relire au moins René Girard, sinon bien des traités d’anthropologie, sans oublier les Évangiles
  • Une peur avouée à demi-mots,
  • Une protection par l’homme providentiel paré de toutes les vertus, mais humain tout de même par sa fatigue, vite rejetée sur le troupeau des inconscients.
  • Une seconde magnification de celui-ci par son équipe de preux chevaliers

Vous vous présentez à la limite du discours paranoïde. Naturellement, vous n’êtes pas paranoïaque, car vous ne vous sentez pas spécifiquement visée. De plus, votre imbroglio avec des thématiques externes ne participe pas de cette effrayante logique du vrai paranoïaque, laquelle a servi de modèle à certaines approches d’intelligence artificielle. Enfin, vous avez un certain espoir. De plus vous vous appuyez sur le héros mystique, ce qui va contre ce diagnostic auquel je ne crois pas, mais que j’ai évoqué par simple professionnalisme.

Un autre argument “contre” est votre mauvaise foi qui éclate lorsque vous mélangez deux familles de problèmes qui n’ont rien en commun : l’épidémie de covid et la déconstruction. Et de cette dernière – qu’il est juste de combattre – vous tirez des arguments pour appuyez vos diatribes contre les personnes qui ont un autre point de vue sur le covid. Mais vous n’avez pas la finesse de l’épée psychologique du paranoïaque évolué. Au fond, ce n’est pas très malin.

En fait, la forme est tout inquisitoriale. Mais à la différence de la célèbre Inquisition qui ne fut pas de douce fréquentation, mais qui, du moins, apprit à instruire à charge et à décharge, vous foncez tel un pachyderme dans le classique magasin de porcelaine. Gare à la casse ! Qu’il y ait des humains souffrants dans le lot de ceux que vous méprisez tant vous importe peu.

D’ailleurs, les souffrances, vous en faites déraper la cause vers le confinement, surtout pour ceux qui le vivaient avec des compagnons difficiles. Si j’avais oublié votre mauvaise foi (pas sur le plan religieux) vous n’avez pas manqué de nous la faire remarquer.

Ce n’est pas très beau, vraiment pas grand, et moins que bien. Vous « cochez des cases » , celles de la petitesse d’esprit enveloppée dans du papier froissé.

ET VOUS AVEZ AUSSI PARLÉ DE PHILOSOPHIE

Oui, vous en avez parlé, mais mal. Je l’ai déjà dit, mais il faut y insister.

Vous nous avez donné, sans vous en rendre compte, une merveilleuse anti-leçon de philosophie : lorsqu’on tient un discours sur une réalité tangible, surtout menaçante, il faut en connaître les bases, et même un peu plus. Ce n’est manifestement pas votre cas.

On peut merveilleusement discourir sur la faim dans le monde dans un grand banquet, sur la peine de mort lorsqu’on n’a pas été soi-même confronté à la mort violente, et trouver tant d’autres exemples de ces fausses situations comiques. Vous avez rajouté la vôtre.

Et ce qui est pire, est que vous n’avez même pas l’excuse de méconnaître votre sujet habituel, celui du discours sur la philosophie que vous agrémentez de votre conception du monde religieux (trop souvent oubliée de « philosophants ») et même d’un zeste de psychologie. D’ailleurs vous défendez Freud, ce qui me paraît aussi hardi que nécessaire… encore qu’il se défende encore bien tout seul.

CONCLUSION

J’ose espérer avoir raison en disant que ce jour-là, Isabelle Prêtre n’était plus elle-même, que la folie covidienne existe, et qu’elle amène à des discours dont la dangerosité est patente. Imaginons qu’elle soit chargée d’une structure décisionnaire. Non, ne l’imaginons pas !

Et pour continuer sur une note plus gaie, je vous invite à écouter La Marche de Radetzky  sous la direction de Georges Prêtre au concert de Vienne de 2010. C’est à mon sens la meilleure de toutes ces finales classiques depuis des années. Il faut voir la maestria du chef, emportant la foule d’un sourire, d’un geste de la main.

Le bonheur qu’aucun philosophe n’apportera jamais [2].

 

[1] https://www.qobuz.com/fr-fr/info/Actualites/Chers-disparus/Georges-Pretre-est-mort178876

[2] https://www.lefigaro.fr/musique/2017/01/07/03006-20170107ARTFIG00071-le-jour-o-georges-pretre-a-enflamme-vienne-avec-la-marche-de-radetzky.php

 

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